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MALADIE · CHAT

Chat bouché : signes, prise de sang et pronostic

Un chat « bouché » ne peut plus vider sa vessie. Les déchets et le potassium s’accumulent dans le sang, et un potassium trop élevé peut arrêter le cœur. Cela touche presque uniquement les chats mâles. C’est une urgence, mais la plupart des chats soignés à temps rentrent à la maison.

L’essentiel

Un chat mâle qui force dans sa litière et n’émet que quelques gouttes d’urine, ou rien, doit voir un vétérinaire le jour même. À l’arrivée, la plupart des chats bouchés ont des valeurs rénales élevées, et environ la moitié un potassium élevé et un calcium ionisé bas. Environ 1 chat sur 8 cumule des anomalies graves : potassium très élevé, sang trop acide et calcium bas. En centre hospitalier, environ 9 chats sur 10 survivent à l’épisode, mais l’obstruction revient chez un quart à un tiers des chats environ.

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Pourquoi un chat bouché est une urgence

L’obstruction de l’urètre touche presque uniquement les chats mâles, dont l’urètre est long et étroit [1]. Le chat va et vient dans sa litière, force, peut miauler de douleur, et n’émet que quelques gouttes ou rien du tout. La vessie devient grosse et dure [6].

Quand l’urine ne peut plus sortir, les reins n’éliminent plus les déchets ni le potassium [10, 11]. Dans une étude de 82 chats bouchés, 58 % ne mangeaient plus, 23 % vomissaient, 51 % avaient une température basse et 15 % étaient en état de choc [1]. Un cœur lent associé à une température basse fait fortement suspecter un potassium très élevé [4].

Les causes de l’obstruction

CauseDe quoi il s’agitÀ savoir
Idiopathique (aucune cause trouvée)Inflammation et spasme de l’urètre, souvent liés à une cystite idiopathique24 chats bouchés sur 45 dans une étude suisse [2].
Bouchon urétralUn bouchon mou de protéines, de cellules et de cristaux (souvent de struvite)8 chats sur 45 dans la même étude ; d’anciennes études américaines trouvaient des bouchons dans 42 à 59 % des cas [2].
Calculs (urolithes)Un petit calcul coincé dans l’urètre13 chats sur 45 ; les radiographies aident à les trouver [2].

Parmi les chats atteints d’une maladie du bas appareil urinaire, la forme idiopathique est le diagnostic le plus fréquent, et 58 % de 77 chats étaient bouchés à l’arrivée [9]. La vie en intérieur, une faible consommation d’eau et le surpoids sont des facteurs de risque [6]. Les chats bouchés étaient plus jeunes et plus lourds que les autres, et mangeaient plus souvent uniquement des croquettes [1]. La cystite idiopathique est expliquée dans l’infection urinaire du chat et du chien.

Ce que montre la prise de sang à l’arrivée

  • Valeurs rénales (créatinine, urée) : élevées chez 85 % des chats bouchés ; créatinine médiane de 4,43 mg/dl, soit environ 390 µmol/l [1]. C’est une azotémie post-rénale : les reins ne peuvent pas éliminer les déchets car l’urine ne sort plus [11]. Voir la créatinine du chat.
  • Potassium : élevé chez 48 % [1], et très élevé (au-dessus de 8,0 mmol/l) chez 12 % de 199 chats dans une étude plus large [3]. Un potassium élevé peut provoquer des troubles du rythme cardiaque, voire un arrêt du cœur [10]. Voir le potassium et le phosphore du chat.
  • Sang trop acide (acidose) : 79 % des chats avec un potassium très élevé avaient aussi un pH sanguin inférieur à 7,20 [3].
  • Calcium ionisé : bas chez 56 % [1]. Chez les chats avec un potassium très élevé, 75 % avaient aussi un calcium ionisé inférieur à 1,0 mmol/l [3]. Un calcium bas peut aggraver les troubles cardiaques [12].
  • Sodium : bas chez 55 % [1].
  • Numération : globules blancs élevés chez 41 % et hématocrite élevé chez 35 % [1].

Plus la créatinine est haute, plus le potassium a tendance à l’être [1, 3]. La plupart des chats bouchés n’ont que des anomalies légères, mais environ 12 % cumulent plusieurs anomalies qui menacent leur vie [3].

Comment lire la ligne du potassium

Voici un exemple de ligne chez un chat mâle qui force dans sa litière depuis la veille.

Une ligne de compte rendu, annotée · Exemple illustratif
AbréviationRésultatUnitéIntervalle du laboratoireSignalement
K potassium8,4mmol/l3,5 – 5,5H
  1. Abréviation K, K⁺ ou potassium, dans le bloc des électrolytes avec le sodium (Na) et le chlore (Cl).
  2. Résultat 8,4 mmol/l dans cet exemple : très élevé. Au-dessus de 8,0 mmol/l, la hausse était classée comme grave dans une étude de 223 chats bouchés [3].
  3. Unité mmol/l ou mEq/l : le même chiffre pour le potassium [10].
  4. Intervalle du laboratoire L’intervalle utilisé dans une étude de chats bouchés ; chaque laboratoire fixe le sien [1].
  5. Signalement H ou une flèche vers le haut : au-dessus de l’intervalle. Avec une vessie bouchée, c’est une urgence, car un potassium élevé peut perturber le rythme du cœur [10]. Le calcium ionisé et le pH sanguin sont contrôlés en même temps [3].

Analyse d’urine et culture

  • Du sang dans l’urine : chez tous les chats testés à la bandelette, et des protéines chez 88 % [1]. La couleur foncée de l’urine peut fausser la bandelette [1].
  • Culot urinaire : des globules blancs chez 65 % et des cristaux de struvite chez 39 % des chats examinés [1].
  • Concentration de l’urine : densité urinaire médiane de 1,025 [1].
  • Culture : chez 34 chats bouchés prélevés à l’aiguille dans la vessie (cystocentèse), aucun n’avait de bactéries à l’arrivée [7]. La sonde urinaire peut en apporter : 13 % des chats en ont développé pendant le sondage [7]. Les antibiotiques systématiques ne sont pas recommandés ; une culture guide le choix [6].
  • Radiographies ou échographie : elles recherchent des calculs et examinent la vessie et les reins [1, 2].

Voir l’analyse d’urine du chien et du chat pour lire chaque ligne du compte rendu urinaire.

Survie, récupération et récidives

En centre hospitalier, 90 à 95 % des chats bouchés survivent [6] : 93,6 % de 219 chats dans une étude [3], et 91,5 % (8,5 % de décès) dans une autre [1]. Les chats sont restés hospitalisés 3,5 jours en médiane, et la plupart sont rentrés avec une créatinine normale : seuls 10,3 % sont sortis avec une créatinine au-dessus de l’intervalle de référence [1]. Les chats décédés avaient un calcium ionisé plus bas à l’arrivée [1].

L’obstruction revient souvent. Les récidives rapportées vont de 15 à 40 % [6] : 11 % dans les 24 heures et 24 % dans les 30 jours après le retrait de la sonde chez 192 chats [5], et 22 % dans les 6 mois dans une autre étude [1]. Dans l’étude suisse, 36 % se sont bouchés de nouveau et 51 % ont eu de nouveaux signes urinaires, quelle que soit la cause [2]. Une chirurgie qui élargit l’urètre (urétrostomie périnéale) est utilisée chez certains chats qui se bouchent à répétition [1]. Boire davantage et aménager l’environnement du chat semblent réduire le risque [6].

En clientèle généraliste au Royaume-Uni, 29,6 % de 1 108 chats bouchés sont morts pendant l’épisode, et 88 % de ces décès étaient des euthanasies [8]. Dans l’étude suisse, 21 % des chats ont été euthanasiés plus tard, le plus souvent parce que l’obstruction revenait [2]. Des protocoles hospitaliers moins coûteux ont été étudiés chez certains chats comme alternative à l’euthanasie quand les moyens financiers sont limités [13].

Pour aller plus loin

Si les valeurs rénales restent élevées une fois l’obstruction levée : l’insuffisance rénale du chat.

In English: urinary blockage in cats.

Questions à poser à votre vétérinaire

  1. Quel est le niveau du potassium, et le rythme du cœur est-il touché ?
  2. Quel est le niveau de la créatinine et de l’urée, et quand seront-elles recontrôlées ?
  3. Le calcium ionisé et le pH sanguin sont-ils anormaux ?
  4. Les radiographies ou l’échographie montrent-elles un calcul, et faut-il une culture d’urine ?
  5. Quel est le risque qu’il se bouche de nouveau, et que pouvons-nous changer à la maison ?
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Questions fréquentes

Quels sont les signes d’un blocage urinaire chez un chat ?

Le chat force dans sa litière, y retourne sans cesse, miaule et n’émet que quelques gouttes ou rien ; la vessie est grosse et dure [6]. Ensuite viennent la perte d’appétit, les vomissements, une température basse et un état de choc [1].

Quand s’inquiéter quand un chat ne fait pas pipi ?

Tout de suite s’il s’agit d’un mâle qui force sans résultat : c’est une urgence. Le potassium et les valeurs rénales montent quand l’urine ne sort plus, et un potassium élevé peut arrêter le cœur [10, 11].

Comment soulager un chat qui n’arrive pas à uriner ?

En l’emmenant en urgence chez un vétérinaire. Il n’existe pas de remède maison : il faut lever l’obstruction et corriger le potassium et les valeurs rénales à l’hôpital [6, 10]. Avec ces soins, 90 à 95 % des chats survivent [6].

Un chat bouché peut-il guérir ?

Oui, la plupart survivent à l’épisode avec des soins d’urgence [3, 6]. Mais l’obstruction revient chez 15 à 40 % des chats [6].

Quelle est la cause la plus fréquente ?

Dans les études récentes, le plus souvent aucune cause n’est trouvée (forme idiopathique), souvent liée à une cystite idiopathique : 24 chats sur 45 dans une étude [2]. Les bouchons et les calculs sont les autres causes principales [2, 6].

Sources

  1. Segev G et al. Urethral obstruction in cats: predisposing factors, clinical, clinicopathological characteristics and prognosis. J Feline Med Surg. 2011;13(2):101-108 (en anglais). doi.org/10.1016/j.jfms.2010.10.006
  2. Gerber B, Eichenberger S, Reusch CE. Guarded long-term prognosis in male cats with urethral obstruction. J Feline Med Surg. 2008;10(1):16-23 (en anglais). doi.org/10.1016/j.jfms.2007.06.007
  3. Lee JA, Drobatz KJ. Characterization of the clinical characteristics, electrolytes, acid-base, and renal parameters in male cats with urethral obstruction. J Vet Emerg Crit Care. 2003;13(4):227-233 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1534-6935.2003.00100.x
  4. Lee JA, Drobatz KJ. Historical and physical parameters as predictors of severe hyperkalemia in male cats with urethral obstruction. J Vet Emerg Crit Care. 2006;16(2):104-111 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1476-4431.2006.00189.x
  5. Hetrick PF, Davidow EB. Initial treatment factors associated with feline urethral obstruction recurrence rate: 192 cases (2004-2010). J Am Vet Med Assoc. 2013;243(4):512-519 (en anglais). doi.org/10.2460/javma.243.4.512
  6. Cooper ES. Controversies in the management of feline urethral obstruction. J Vet Emerg Crit Care. 2015;25(1):130-137 (en anglais). doi.org/10.1111/vec.12278
  7. Cooper ES et al. Incidence of bacteriuria at presentation and resulting from urinary catheterization in feline urethral obstruction. J Vet Emerg Crit Care. 2019;29(5):472-477 (en anglais). doi.org/10.1111/vec.12870
  8. Beeston D et al. Occurrence and clinical management of urethral obstruction in male cats under primary veterinary care in the United Kingdom in 2016. J Vet Intern Med. 2022;36(2):599-608 (en anglais). doi.org/10.1111/jvim.16389
  9. Gerber B et al. Evaluation of clinical signs and causes of lower urinary tract disease in European cats. J Small Anim Pract. 2005;46(12):571-577 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1748-5827.2005.tb00288.x
  10. eClinPath, Cornell University College of Veterinary Medicine. Potassium (en anglais). eclinpath.com/chemistry/electrolytes/potassium
  11. eClinPath, Cornell University College of Veterinary Medicine. Azotemia (en anglais). eclinpath.com/chemistry/kidney/azotemia
  12. Drobatz KJ, Hughes D. Concentration of ionized calcium in plasma from cats with urethral obstruction. J Am Vet Med Assoc. 1997;211(11):1392-1395 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9394887
  13. Cooper ES et al. A protocol for managing urethral obstruction in male cats without urethral catheterization. J Am Vet Med Assoc. 2010;237(11):1261-1266 (en anglais). doi.org/10.2460/javma.237.11.1261

Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.