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ALIMENTATION · CHAT

Lait et chat : lactose, chaton et diarrhée

La soucoupe de lait est une image classique, mais les sources vétérinaires la déconseillent. Le chaton digère le lait de sa mère ; après le sevrage, beaucoup de chats perdent une grande partie de l’enzyme qui digère le sucre du lait, et les produits laitiers peuvent alors donner la diarrhée ou des troubles digestifs. Voici pourquoi, ce qu’il faut à un chaton orphelin à la place du lait de vache, ce que le chat doit boire, et ce que le vétérinaire vérifie quand la diarrhée ne passe pas.

L’essentiel

Le lait n’est pas un poison pour le chat, mais il n’est pas conseillé. Le sucre du lait (lactose) est découpé par une enzyme, la lactase. Le chat a un déficit relatif en lactase : son activité baisse après le sevrage et beaucoup de chats adultes deviennent intolérants au lactose ; le lait et les produits laitiers peuvent alors provoquer une diarrhée ou des troubles digestifs. Tous les chats ne réagissent pas, et l’effet dépend de la quantité. Le chaton a besoin du lait de sa mère ou, s’il est orphelin, d’un lait maternisé pour chaton du commerce choisi avec le vétérinaire ; le lait de vache peut lui donner la diarrhée. La boisson dont le chat a besoin est l’eau, fraîche et disponible en permanence. Une diarrhée qui dure plus d’un jour ou deux avec d’autres signes, ou qui revient, justifie une consultation : analyses de selles, prise de sang et vitamine B12 aident à trouver une cause comme des parasites, une entéropathie chronique, une hyperthyroïdie ou un lymphome.

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Peut-on donner du lait à un chat ?

Mieux vaut s’en abstenir. Le lait n’est pas toxique, mais les sources vétérinaires ne le conseillent pas comme friandise, car il peut dérégler l’estomac du chat [4] et beaucoup de chats sont intolérants au lactose [3]. L’ASPCA explique que les animaux de compagnie n’ont pas de quantités importantes de lactase, l’enzyme qui digère le sucre du lait : le lait et les autres produits laitiers peuvent donc provoquer une diarrhée ou d’autres troubles digestifs [2].

Si votre chat a lapé un peu de lait, il n’y a pas d’urgence : surveillez la litière pendant un jour ou deux. Le cas du chaton est différent, il est traité plus bas. Les aliments réellement dangereux, comme l’oignon, le chocolat ou les lys, sont présentés dans la réponse sur les aliments interdits, en fin de page.

Pourquoi beaucoup de chats adultes digèrent mal le lait

Le lactose est le principal sucre du lait. Pour être absorbé, il doit d’abord être découpé par la lactase, une enzyme située à la surface des cellules qui tapissent l’intestin grêle [1]. Le chaton possède cette enzyme pour digérer le lait de sa mère. Chez le chat, l’activité de la lactase diminue après le sevrage, et il peut devenir intolérant au lactose ; le Manuel vétérinaire Merck décrit ce déficit relatif en lactase comme le principal déficit héréditaire d’enzyme de la bordure en brosse rapporté chez le chat [1].

Le chat est un carnivore et possède moins de ces enzymes qui digèrent les sucres que le chien. Dans une étude, le chien avait 3,1 fois plus d’activité lactase que le chat dans la première partie de l’intestin grêle, et 1,6 fois plus dans la partie moyenne [5].

L’intolérance est une question de degré, pas une règle valable pour tous les chats. Dans une petite étude sur 8 chats adultes, une croquette contenant 10 % de lactose n’a pas modifié la consistance des selles [6]. Certains chats tolèrent un peu de produits laitiers, d’autres réagissent à de petites quantités, et on ne peut pas le savoir à l’avance. Un intestin déjà enflammé digère encore moins bien le lactose : une atteinte de la paroi intestinale peut entraîner une intolérance au lactose secondaire, et c’est pourquoi il faut éviter les produits laitiers chez un chat qui a la diarrhée [1].

Chaton : lait maternel, lait maternisé et lait de vache

L’aliment idéal du chaton est le lait de sa mère [8]. Le sevrage vers un aliment pour chaton commence en général vers 3 à 4 semaines et se termine en général vers 8 semaines [12]. Ensuite, le chaton n’a plus besoin de lait.

Pour un chaton orphelin, ou quand la mère est malade ou n’a pas assez de lait, il faut un lait maternisé pour chaton du commerce, et l’ASPCA conseille de demander au vétérinaire quel produit choisir et comment le donner [8]. N’utilisez pas de lait de vache : il peut provoquer des troubles digestifs et une diarrhée chez certains chatons [8]. Le lait de chatte est d’ailleurs très différent du lait de vache : une analyse a mesuré environ trois fois plus de matières grasses dans le lait de chatte (110,8 mg/ml) que dans le lait de vache (36,3 mg/ml) [9].

Les laits maternisés du commerce valent mieux que les préparations maison, mais aucun n’égale le lait de la mère [7]. Les produits diffèrent aussi entre eux : dans une étude de 1993, des chatons nourris avec un lait maternisé du commerce de l’époque ont eu la diarrhée pendant la plus grande partie de l’essai et ont développé des opacités du cristallin, liées à un taux d’arginine bas [10]. Trop de lait maternisé peut lui-même provoquer une diarrhée, souvent jaune et grumeleuse [7]. L’état d’un chaton orphelin peut se dégrader vite et demande un suivi vétérinaire rapproché [11] : demandez conseil au vétérinaire avant de le nourrir et n’improvisez pas de recette.

Que doit boire un chat : l’eau avant tout

La boisson dont le chat a besoin est l’eau. Il doit disposer d’eau propre et fraîche en permanence [3]. Le Manuel vétérinaire Merck conseille plusieurs gamelles d’eau, nettoyées chaque jour ; l’alimentation humide aide aussi, et une fontaine peut inciter certains chats à boire [4]. La pâtée contient au moins 75 % d’eau, contre 6 à 10 % pour les croquettes [3].

Les autres « laits » ne sont pas de meilleurs substituts. L’ASPCA indique que la chair et le lait de noix de coco fraîche contiennent des huiles qui peuvent provoquer des troubles digestifs, des selles molles et une diarrhée [2]. Le lait cru et les produits laitiers, quels qu’ils soient, ne doivent pas être donnés au chat [4]. Il existe des produits appauvris en lactose vendus comme « lait pour chat » ; nous n’avons trouvé aucune étude vétérinaire à leur sujet : considérez-les comme une friandise, pas comme un aliment ni comme un remplacement de l’eau.

Toute friandise, lactée ou non, doit rester modeste : le Manuel vétérinaire Merck limite les friandises à moins de 10 % des calories de la journée [20]. Et si votre chat se met à boire et à uriner beaucoup, parlez-en à votre vétérinaire : il peut y avoir un problème [4].

Intolérance ou allergie alimentaire ?

L’intolérance au lactose n’est pas une allergie. C’est une réaction alimentaire métabolique, pas immunitaire [13]. Une vraie allergie alimentaire est une réaction immunitaire contre une protéine de l’aliment. Chez le chat, les allergènes alimentaires les plus fréquents sont le bœuf, le poisson et le poulet ; les produits laitiers font partie des allergènes moins fréquents [13]. Dans une revue portant sur 78 chats atteints de réactions cutanées à l’alimentation, le bœuf était en cause dans 18 % des cas, le poisson dans 17 %, le poulet dans 5 %, et le blé, le maïs et les produits laitiers dans 4 % chacun [14].

L’alimentation peut aussi entraîner des troubles digestifs chroniques. Dans une étude sur 55 chats atteints de troubles digestifs chroniques sans cause trouvée, 16 (29 %) étaient sensibles à leur alimentation, d’après un régime d’éviction suivi d’une réintroduction [15]. Un régime d’éviction strict suivi d’une réintroduction est la seule méthode fiable pour diagnostiquer une allergie alimentaire [13] ; les prises de sang ne la remplacent pas.

Quand la diarrhée ne passe pas : ce que vérifie le vétérinaire

La plupart des diarrhées du chat sont de courte durée, et un changement d’alimentation peut donner quelques jours de selles molles [16]. Consultez dès que possible si la diarrhée dure plus d’un jour ou deux et que le chat mange moins, est abattu ou vomit, et ne donnez pas de médicaments en vente libre, dont certains sont dangereux pour le chat [16]. Une diarrhée qui dure ou qui revient peut venir d’un problème situé hors de l’intestin, comme une hyperthyroïdie, une maladie des reins ou du foie, ou un lymphome [16].

Quand les troubles digestifs durent 3 semaines ou plus, on parle d’entéropathie chronique [17]. Des analyses de laboratoire sont toujours nécessaires pour la distinguer d’autres maladies [18] :

Étapes habituelles face à une diarrhée chronique du chat. Le vétérinaire choisit les examens pour chaque chat.
ExamenCe qu’il recherchePourquoi c’est utile
Analyse de sellesVers, Giardia et autres parasites [17]Les parasites sont écartés en premier ; Giardia peut passer inaperçu, car il est excrété par intermittence [17]
Numération, biochimie et analyse d’urineDes signes d’autres maladies [18]Font partie du bilan habituel ; voir prise de sang du chat
T4 totaleUne hyperthyroïdie [18]Une thyroïde trop active peut donner la diarrhée chez le chat âgé [16, 18]
Vitamine B12 (cobalamine) et folatesUne mauvaise absorption dans l’intestin grêle [17]Une B12 basse est trouvée chez 18 à 80 % des chats atteints d’entéropathie chronique [18] ; dans une étude, 49 chats sur 80 explorés pour des troubles digestifs avaient une B12 basse [19]. Une B12 normale n’exclut pas une maladie [18]
TLIUne insuffisance pancréatique exocrine [17]Le pancréas peut être en cause, ou être un second problème [17]
Essai de régime d’évictionUne entéropathie répondant à l’alimentation [17]Un aliment hydrolysé ou à protéine nouvelle donné exclusivement pendant au moins 2 semaines, sans aucune friandise [17]

La perte de poids est le signe le plus fréquent des maladies intestinales chroniques du chat, et l’absence de diarrhée n’exclut pas une maladie intestinale grave [18]. Quand les analyses et les essais de régime n’expliquent pas les signes, le vétérinaire peut proposer une imagerie et des biopsies, pour distinguer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin d’un lymphome digestif ; la B12 était particulièrement basse chez les chats atteints de lymphome intestinal [19].

Pour aller plus loin

In English: milk and cats.

Questions à poser à votre vétérinaire

  1. Cette diarrhée peut-elle venir des produits laitiers, ou faut-il chercher une autre cause ?
  2. Quelles analyses de selles conseillez-vous, et faut-il rechercher Giardia ?
  3. Faut-il doser la vitamine B12, les folates et l’hormone thyroïdienne ?
  4. Un essai de régime d’éviction est-il utile, et pendant combien de temps ?
  5. Pour un chaton orphelin : quel lait maternisé, et comment suivre son poids ?
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Questions fréquentes

Est-il conseillé de donner du lait au chat ?

Non. Le lait n’est pas un poison, mais il est déconseillé : l’activité de la lactase du chat baisse après le sevrage et beaucoup de chats adultes deviennent intolérants au lactose [1, 3], si bien que le lait peut donner une diarrhée ou des troubles digestifs [2]. Certains chats tolèrent de petites quantités [6], mais l’eau reste la meilleure boisson.

Quels sont les aliments interdits pour les chats ?

Le lait est surtout mal digéré ; d’autres aliments sont de vrais poisons. Chez le chat, l’oignon et l’ail sont particulièrement dangereux, comme le chocolat et, côté plantes, les lys. Ils sont présentés dans aliments toxiques pour le chien et le chat. Le lait cru et les produits laitiers ne doivent pas être donnés au chat [4].

Comment faire si on n’a pas de lait pour chaton ?

Appelez votre vétérinaire sans attendre : il vous dira quel lait maternisé pour chaton du commerce utiliser et comment le donner [8]. Ne donnez pas de lait de vache [8] et ne préparez pas de recette maison : les laits du commerce valent mieux que les préparations maison [7], et l’état d’un chaton orphelin peut se dégrader vite [11].

Le lait de vache est-il dangereux pour un chaton ?

Il n’est pas adapté : il peut provoquer des troubles digestifs et une diarrhée chez certains chatons [8], et sa composition est très différente de celle du lait de chatte, environ trois fois moins riche en matières grasses [9]. Le chaton a besoin du lait de sa mère ou d’un lait maternisé pour chaton [7, 8].

Que doit boire un chat ?

De l’eau propre et fraîche, disponible en permanence [3]. Plusieurs gamelles nettoyées chaque jour, l’alimentation humide et une fontaine peuvent aider un chat à boire davantage [4].

Sources

  1. Collier A. Malabsorption Syndromes in Small Animals. Merck Veterinary Manual (en anglais). merckvetmanual.com/digestive-system/diseases-of-the-small-intestine-in-small-animals/malabsorption-syndromes-in-small-animals
  2. ASPCA Animal Poison Control Center. People Foods to Avoid Feeding Your Pets (en anglais). aspca.org/pet-care/aspca-poison-control/people-foods-avoid-feeding-your-pets
  3. Cornell Feline Health Center. Feeding Your Cat (en anglais). vet.cornell.edu/departments-centers-and-institutes/cornell-feline-health-center/health-information/feline-health-topics/feeding-your-cat
  4. Roman N. Proper Nutrition for Cats. Merck Veterinary Manual, version pour les propriétaires (en anglais). merckvetmanual.com/cat-owners/selecting-and-providing-a-home-for-a-cat/proper-nutrition-for-cats
  5. Batchelor DJ, Al-Rammahi M, Moran AW, et al. Sodium/glucose cotransporter-1, sweet receptor, and disaccharidase expression in the intestine of the domestic dog and cat. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol. 2011;300(1):R67-R75 (en anglais). doi.org/10.1152/ajpregu.00262.2010
  6. Beynen AC, Yu S. Magnesium balance in adult cats fed a dry food rich in lactose. J Anim Physiol Anim Nutr. 2003;87(7-8):245-250 (en anglais). doi.org/10.1046/j.1439-0396.2003.00397.x
  7. Davidson AP. Management of the Neonate in Dogs and Cats. Merck Veterinary Manual (en anglais). merckvetmanual.com/management-and-nutrition/management-of-the-neonate/management-of-the-neonate-in-dogs-and-cats
  8. ASPCA. Cat Nutrition Tips (en anglais). aspca.org/pet-care/cat-care/cat-nutrition-tips
  9. Chen Y, Yang J, Wang C, et al. Comparative Analysis of Signature Lipid Structures in Canine and Feline Milk Compared with Bovine and Caprine Milk. Animals (Basel). 2026;16(5):710 (en anglais). doi.org/10.3390/ani16050710
  10. Remillard RL, Pickett JP, Thatcher CD, Davenport DJ. Comparison of kittens fed queen’s milk with those fed milk replacers. Am J Vet Res. 1993;54(6):901-907 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8323060
  11. Little S. Playing mum: successful management of orphaned kittens. J Feline Med Surg. 2013;15(3):201-210 (en anglais). doi.org/10.1177/1098612X13477542
  12. International Cat Care. Feeding your cat or kitten (en anglais). icatcare.org/advice/feeding-your-cat-or-kitten
  13. Pucheu-Haston CM. Cutaneous Food Allergy in Animals. Merck Veterinary Manual (en anglais). merckvetmanual.com/integumentary-system/food-allergy/cutaneous-food-allergy-in-animals
  14. Mueller RS, Olivry T, Prélaud P. Critically appraised topic on adverse food reactions of companion animals (2): common food allergen sources in dogs and cats. BMC Vet Res. 2016;12:9 (en anglais). doi.org/10.1186/s12917-016-0633-8
  15. Guilford WG, Jones BR, Markwell PJ, et al. Food sensitivity in cats with chronic idiopathic gastrointestinal problems. J Vet Intern Med. 2001;15(1):7-13 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11215916
  16. Cornell Feline Health Center. Diarrhea (en anglais). vet.cornell.edu/departments-centers-and-institutes/cornell-feline-health-center/health-information/feline-health-topics/diarrhea
  17. Collier A. Chronic Enteropathies in Small Animals. Merck Veterinary Manual (en anglais). merckvetmanual.com/digestive-system/diseases-of-the-small-intestine-in-small-animals/chronic-enteropathies-in-small-animals
  18. Marsilio S, Freiche V, Johnson E, et al. ACVIM consensus statement guidelines on diagnosing and distinguishing low-grade neoplastic from inflammatory lymphocytic chronic enteropathies in cats. J Vet Intern Med. 2023;37(3):794-816 (en anglais). doi.org/10.1111/jvim.16690
  19. Simpson KW, Fyfe J, Cornetta A, et al. Subnormal concentrations of serum cobalamin (vitamin B12) in cats with gastrointestinal disease. J Vet Intern Med. 2001;15(1):26-32 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11215907
  20. Sanderson SL. Feeding Practices in Small Animals. Merck Veterinary Manual (en anglais). merckvetmanual.com/management-and-nutrition/nutrition-small-animals/feeding-practices-in-small-animals

Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.