Ce qu’est la maladie de Carré et quels chiens sont exposés
Le virus de la maladie de Carré est un morbillivirus, proche du virus de la rougeole. Il provoque surtout des signes respiratoires et digestifs, une baisse des défenses immunitaires et des lésions du cerveau et de la moelle épinière [1]. Plus de la moitié des infections passent probablement inaperçues [2].
La plupart des chiens malades sont jeunes et non vaccinés. Dans une étude de 20 chiens atteints de la forme nerveuse, l’âge moyen était d’environ 12 mois et un seul chien était complètement vacciné ; la moitié venaient de refuges ou de la rue [2]. Les refuges sont des lieux à haut risque : aux États-Unis, la plupart des chiots de moins de 6 mois et 30 à 50 % des chiens adultes ont peu ou pas d’anticorps contre la maladie de Carré à leur arrivée [7].
Nous n’avons pas trouvé de chiffres français publiés. Le virus circule encore en Europe : au Portugal, 33,8 % de 637 prélèvements de chiens suspects étaient positifs entre 2013 et 2025, avec une forte baisse après 2020, et le virus est toujours retrouvé chez des carnivores sauvages en Italie, en Espagne, en Croatie et en Belgique [9].
Les premiers symptômes de la maladie de Carré
- Signes généraux au début : fièvre, perte d’appétit et abattement [2].
- Respiration : écoulements du nez et des yeux, toux, pneumonie [2].
- Intestin : vomissements et diarrhée, d’où une confusion possible avec la parvovirose et d’autres infections digestives [2, 4].
- Peau : truffe et coussinets épaissis et durcis [2].
- Système nerveux : secousses musculaires (myoclonies), convulsions, démarche ébrieuse ou faiblesse. Les signes nerveux peuvent apparaître des semaines après la première maladie, ou sans aucun signe auparavant [2, 8].
Ce que montre la numération
- Des lymphocytes bas (lymphopénie) : le virus tue les lymphocytes dès le début de l’infection, ce qui affaiblit l’immunité [1]. Chez les chiens atteints de la forme nerveuse, la lymphopénie et l’anémie étaient les anomalies les plus fréquentes, et tous les chiens en lymphopénie sont morts peu après le diagnostic [2].
- Des globules blancs bas : de jeunes chiens infectés lors d’une expérience avaient une fièvre légère et des globules blancs bas [14].
- Des neutrophiles élevés ou une anémie : possibles, et la numération peut aussi être normale [2].
- Les inclusions de la maladie de Carré : de petits amas de virus dans les globules rouges ou blancs. Elles prouvent la maladie quand on les voit, mais elles n’apparaissent que brièvement en phase aiguë et sont très rarement trouvées [3].
La prise de sang soutient la suspicion mais ne confirme pas à elle seule la maladie de Carré [2, 8]. Voir les globules blancs du chien et la prise de sang du chien.
Lire la ligne des lymphocytes
Dans la maladie de Carré, la ligne des lymphocytes est souvent celle signalée basse. L’exemple ci-dessous est donné à titre d’illustration.
- Abréviation LYM ou LYMPH : les lymphocytes, les globules blancs que le virus de la maladie de Carré attaque en premier.
- Résultat 0,3 G/l dans cet exemple : bas.
- Unité G/l (milliards par litre), soit ×10⁹/l ; ou 10³/µl, avec le même chiffre.
- Intervalle du laboratoire Un intervalle du chien donné à titre d’exemple ; chaque laboratoire fixe le sien.
- Signalement L ou une flèche vers le bas : sous l’intervalle. Des lymphocytes bas ne sont pas propres à la maladie de Carré ; chez un jeune chien non vacciné avec des écoulements ou de la toux, le vétérinaire recherche le virus [2].
Comment la maladie de Carré est confirmée
- La PCR (RT-PCR) : l’examen principal. Elle recherche le matériel génétique du virus. Le sang total, l’urine, les écouvillons de conjonctive et les amygdales contiennent beaucoup de virus [4]. Dans une étude de 53 chiens positifs, le sang était positif dans 94,3 % des cas, l’urine dans 83,0 %, l’écouvillon rectal dans 71 % et l’écouvillon de conjonctive dans 50,9 % [5]. Chez de jeunes chiens infectés lors d’une expérience, l’écouvillon de conjonctive devenait positif plus tôt et le restait plus longtemps [14].
- Le liquide céphalorachidien (LCR) dans la forme nerveuse : quand les signes nerveux arrivent longtemps après la première maladie, le sang et les écouvillons sont souvent négatifs. Chez 20 chiens avec des signes nerveux, la PCR était positive dans 80 % des LCR contre 55 % des prises de sang [2]. L’analyse du LCR peut montrer une hausse des lymphocytes (pléiocytose lymphocytaire), qui oriente vers la maladie de Carré [8].
- Le piège du vaccin : les PCR sensibles peuvent détecter le virus du vaccin vivant. Chez un chien vacciné récemment, un résultat faiblement positif peut venir du vaccin ou d’une infection débutante ; certains laboratoires utilisent des tests qui distinguent la souche vaccinale du virus sauvage [6].
- Les tests d’anticorps (sérologie) : peu utiles au diagnostic, car la vaccination ou une infection ancienne produisent aussi des anticorps [2]. Les kits rapides d’anticorps contre la maladie de Carré utilisés en clinique n’étaient pas fiables chez les chiens malades en phase aiguë [7].
- Les tests antigéniques rapides : moins sensibles que la PCR ; un test rapide n’a trouvé que 30 des 53 chiens positifs en PCR [5].
Pronostic
Le pronostic dépend de la forme. Sur 20 chiens atteints de la forme nerveuse, 14 sont morts ou ont été euthanasiés et 5 ont guéri [2]. Chez des chiens vaccinés récemment et présentant des signes respiratoires, 80 % ont guéri quand un test antigénique était négatif, contre 55 % quand il était positif [13]. Les chiots non vaccinés sont plus gravement atteints que les adultes [12]. Le traitement repose sur des soins de soutien à l’hôpital [2] ; parlez avec votre vétérinaire de la situation de votre chien.
Pour aller plus loin
Une anémie peut aussi apparaître : voir l’anémie chez le chien et le chat. Chez le chat, voir le typhus du chat.
In English: distemper in dogs.
Questions à poser à votre vétérinaire
- Les lymphocytes sont-ils bas, et quelles autres valeurs de la numération vont dans le sens de la maladie de Carré ?
- Quel prélèvement est le meilleur pour la PCR à ce stade : sang, écouvillon de conjonctive, urine ou liquide céphalorachidien ?
- Un vaccin récent peut-il expliquer une PCR positive, et le laboratoire peut-il distinguer le virus vaccinal du virus sauvage ?
- Un test d’anticorps est-il utile pour mon chien, compte tenu de ses vaccins ?
- Comment protéger mes autres chiens, et leurs vaccins essentiels sont-ils à jour ?
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Questions fréquentes
Quels sont les symptômes de la maladie de Carré chez le chien ?
D’abord de la fièvre, une perte d’appétit et de l’abattement, puis des écoulements des yeux et du nez, de la toux, parfois des vomissements ou de la diarrhée. Des signes nerveux (secousses, convulsions) peuvent suivre plus tard, et la truffe et les coussinets peuvent durcir [2].
Quels vaccins sont obligatoires pour les chiens ?
Les recommandations internationales de la WSAVA classent comme essentiels, pour tous les chiens du monde, les vaccins contre la maladie de Carré, l’hépatite de Rubarth (adénovirus) et la parvovirose. Ce sont des recommandations, pas des obligations légales ; pour la rage, il faut suivre la loi locale [7]. Demandez à votre vétérinaire ce qui est exigé dans votre situation, par exemple pour voyager.
Un chien adulte peut-il attraper la maladie de Carré ?
Oui. Dans une étude d’infection, 8 chiens adultes non vaccinés sur 9 sont tombés malades, mais les chiots étaient plus gravement atteints [12]. De rares cas existent aussi chez des adultes vaccinés, parfois avec des signes nerveux brutaux, comme dans 4 cas décrits en Espagne [11].
Un chien vacciné peut-il avoir la maladie de Carré ?
C’est peu fréquent, mais des cas chez des chiens vaccinés ont été décrits [10, 11]. Dans une étude, un seul des 20 chiens malades était complètement vacciné [2]. Des chiens adultes vaccinés avec des anticorps ont résisté au virus jusqu’à 4,4 ans après le vaccin [12].
Avec quoi peut-on confondre la maladie de Carré ?
Ses signes ressemblent à ceux d’autres infections respiratoires et digestives [4]. Le vétérinaire écarte aussi la parvovirose, l’adénovirus canin, Bordetella, la salmonellose et l’intoxication au plomb, et les secousses musculaires peuvent avoir d’autres causes nerveuses [2].
Sources
- Beineke A et al. Pathogenesis and immunopathology of systemic and nervous canine distemper. Vet Immunol Immunopathol. 2009;127(1-2):1-18 (en anglais). doi.org/10.1016/j.vetimm.2008.09.023
- Sarchahi AA et al. Detection of canine distemper virus in cerebrospinal fluid, whole blood and mucosal specimens of dogs with distemper using RT-PCR and immunochromatographic assays. Vet Med Sci. 2022;8(4):1390-1399 (en anglais). doi.org/10.1002/vms3.790
- eClinPath, Cornell University College of Veterinary Medicine. Viruses (inclusions de la maladie de Carré) (en anglais). eclinpath.com/hematology/infectious-agents/viruses
- Elia G et al. Detection of canine distemper virus in dogs by real-time RT-PCR. J Virol Methods. 2006;136(1-2):171-176 (en anglais). doi.org/10.1016/j.jviromet.2006.05.004
- Fischer CD et al. Detection and differentiation of field and vaccine strains of canine distemper virus using RT-nqPCR and RFLP analysis. J Virol Methods. 2013;194(1-2):39-45 (en anglais). doi.org/10.1016/j.jviromet.2013.08.002
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- Squires RA et al. 2024 guidelines for the vaccination of dogs and cats (WSAVA Vaccination Guidelines Group). J Small Anim Pract. 2024;65(5):277-316 (en anglais). doi.org/10.1111/jsap.13718
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- Lopes R et al. Molecular detection of canine distemper virus in Portugal: what explains the post-2020 decline? A retrospective RT-qPCR study. Viruses. 2026;18(7):734 (en anglais). doi.org/10.3390/v18070734
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Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.