Infection fréquente, maladie rare
« L’infection est fréquente chez le chat, mais la maladie clinique est rare » [1]. Selon les recommandations européennes de l’ABCD, environ un tiers des chats s’infectent, mais peu développent une toxoplasmose clinique [2]. En Finlande, 48,4 % des chats avaient des IgG, alors que 3,1 % des 193 chats autopsiés avaient une toxoplasmose généralisée [3].
La maladie vient en général d’un réveil du parasite chez un chat dont les défenses sont affaiblies. Parmi les causes citées : l’infection par le FIV ou le FeLV, les corticoïdes à forte dose, la ciclosporine, l’oclacitinib et la chimiothérapie [2]. Voir FIV et FeLV chez le chat.
- Signes fréquents : fièvre, abattement, perte d’appétit, signes neurologiques, inflammation de l’œil (uvéite), jaunisse, boiterie, muscles douloureux, difficulté à respirer, diarrhée et amaigrissement [2].
- Poumons : la pneumonie est l’atteinte la plus fréquente et peut être rapidement mortelle [2].
- Sur 100 cas confirmés : fièvre chez 73 % et inflammation de l’œil chez 81,5 % des chats examinés ; le parasite a été trouvé dans 76,7 % des poumons et 70,0 % des foies [4].
La sérologie : ce que veut dire chaque résultat
Tous les chats infectés produisent des IgG et des IgA, et environ 80 % produisent aussi des IgM [1, 2]. Les IgG peuvent mettre 4 à 6 semaines à apparaître [1, 2] ; le même texte de l’ABCD indique aussi que les anticorps mettent deux à trois semaines à se former [2]. Une sérologie positive montre une infection, pas une maladie : 31,6 % de 12 628 chats malades testés aux États-Unis étaient séropositifs [2].
| Résultat | Ce que cela signifie |
|---|---|
| IgG positives, chat en bonne santé | Infection ancienne. Ce chat n’excrète presque certainement pas d’oocystes ; une nouvelle excrétion n’a jamais été démontrée chez des chats infectés naturellement [2]. |
| IgG négatives | Pas encore d’anticorps. Ce chat pourrait excréter des oocystes, ou en excrétera probablement s’il s’infecte pour la première fois [2]. |
| IgM positives | Évoquent une infection récente, mais se voient parfois chez des chats en bonne santé [2]. |
| IgG ou IgM très élevées ou en hausse, chat malade | Renforcent la suspicion de toxoplasmose, sans la prouver à elles seules [2]. |
Lire la ligne des IgG anti-Toxoplasma
Voici une ligne d’exemple chez un chat adulte en bonne santé, testé avant une grossesse dans la famille.
- Abréviation Toxo IgG ou IgG anti-T. gondii. Une ligne IgM figure parfois juste à côté.
- Résultat 1/256 dans cet exemple : des anticorps sont présents.
- Unité Un titre est une dilution du sérum. Certains laboratoires rendent plutôt des unités, ou simplement « positif ».
- Intervalle du laboratoire Un seuil donné à titre d’exemple ; chaque laboratoire fixe le sien, à comparer avec celui de votre compte rendu.
- Signalement H ou « positif » : chez un chat en bonne santé, une infection ancienne. Un tel chat n’excrète presque certainement pas d’oocystes [2]. Cela ne prouve pas une maladie [2].
Ce que montre la prise de sang chez le chat malade
Peu de données sont publiées sur la prise de sang dans la toxoplasmose du chat [2]. Ce que l’on sait :
- ALAT (enzyme du foie) : une ALAT élevée était la principale anomalie [2]. Voir les enzymes hépatiques du chat.
- Albumine : basse dans deux publications, mais élevée dans une autre [2].
- Globules blancs : les neutrophiles et les lymphocytes ont baissé de façon passagère après une infection expérimentale [2].
- Enzyme musculaire (CK) : l’ABCD note qu’on s’attendrait à une hausse de la créatine kinase quand les muscles sont enflammés ; c’est une attente, pas une donnée mesurée [2].
- Jaunisse : elle peut faire partie des signes [2].
Ces anomalies ne sont pas spécifiques : d’autres maladies les donnent aussi. Voir la prise de sang du chat.
Comment le diagnostic est confirmé
- Anticorps (IgG, IgM) : ils renforcent la suspicion, surtout avec des titres très élevés ou en hausse, mais un résultat positif ne prouve pas une toxoplasmose clinique [2].
- Trouver le parasite est nécessaire pour un diagnostic de certitude : des tachyzoïtes (la forme active) vus en cytologie ou en immunohistochimie, ou détectés par PCR [2].
- Chercher la cause : le FIV, le FeLV et les médicaments qui freinent l’immunité figurent parmi les déclencheurs cités, et font donc partie du tableau [2].
Fièvre, inflammation de l’œil et difficultés respiratoires ont d’autres causes chez le chat, dont la PIF : les examens se lisent ensemble.
Excrétion des oocystes et famille
Un chat excrète des oocystes une seule fois dans sa vie, peu de temps après sa première infection : en général 3 à 10 jours [1], ou du quatrième au onzième jour selon la mise à jour de l’ABCD [2] ; entre 4 et 13 jours en conditions expérimentales [5]. Lors d’expériences, des chats réinfectés ont parfois excrété à nouveau, brièvement et en petite quantité : 4 chats sur 9 réinfectés 77 mois plus tard [2, 5].
Les oocystes fraîchement émis ne sont pas infectants. Il leur faut 1 à 5 jours [1], ou 2 jours selon la mise à jour de l’ABCD [2], pour le devenir. C’est pourquoi vider la litière chaque jour est utile. Les oocystes peuvent survivre plus de 100 jours dans le sol et l’eau [2].
Chez l’homme, les principales sources sont la viande peu cuite et les légumes mal lavés. Une revue européenne cas-témoins a conclu que le contact avec les chats n’était pas un facteur de risque [2].
En France, la part de femmes enceintes ayant des anticorps est passée de 54,3 % en 1995 à 43,8 % en 2003 puis 36,7 % en 2010. Depuis 1992, une sérologie est proposée en début de grossesse, puis chaque mois jusqu’à l’accouchement chez les femmes séronégatives [6]. Pour toute question sur votre grossesse, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme.
Pour aller plus loin
In English: toxoplasmosis in cats.
Questions à poser à votre vétérinaire
- Le test porte-t-il sur les IgG, les IgM ou les deux, et quel est le seuil du laboratoire ?
- Ce résultat évoque-t-il une infection ancienne ou récente ?
- L’ALAT est-elle élevée, et d’autres valeurs sont-elles anormales ?
- Faut-il une cytologie ou une PCR pour trouver le parasite ?
- Faut-il tester mon chat pour le FIV et le FeLV ?
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Questions fréquentes
Est-ce que tous les chats sont porteurs de la toxoplasmose ?
Non. Environ un tiers des chats s’infectent au cours de leur vie [2]. En France, la PCR sur les selles était positive chez 1,6 % de 125 chats de campagne, et une étude sur 24 106 chats de plusieurs pays, dont la France, a trouvé 0,11 % de positifs [2].
Est-ce dangereux d’avoir un chat quand on est enceinte ?
Dans une revue européenne, le contact avec les chats n’était pas un facteur de risque ; les principales sources sont la viande peu cuite et les légumes mal lavés [2]. En France, les femmes enceintes séronégatives bénéficient d’une sérologie mensuelle [6]. Parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme.
Comment éviter la toxoplasmose quand on a un chat ?
Videz la litière chaque jour : les oocystes ont besoin de 1 à 5 jours [1], ou 2 jours selon l’ABCD [2], pour devenir infectants. Les principales sources pour l’homme restent la viande peu cuite et les légumes mal lavés [2].
Puis-je attraper la toxoplasmose en caressant un chat ?
Le contact avec les chats n’était pas un facteur de risque dans une revue européenne [2]. Les oocystes sont émis dans les selles, quelques jours dans la vie du chat, et ne deviennent infectants qu’après 1 à 5 jours [1], ou 2 jours selon l’ABCD [2].
Sources
- Hartmann K et al. Toxoplasma gondii infection in cats: ABCD guidelines on prevention and management. J Feline Med Surg. 2013;15(7):631-637 (en anglais). doi.org/10.1177/1098612X13489228
- ABCD Europe. Guideline for Toxoplasma gondii infection (mise à jour par D. Addie, 08/02/2024) (en anglais). abcdcatsvets.org/guideline-for-toxoplasma-gondii-infection
- Jokelainen P et al. Feline toxoplasmosis in Finland. J Vet Diagn Invest. 2012;24(6):1115-1124 (en anglais). doi.org/10.1177/1040638712461787
- Dubey JP, Carpenter JL. Histologically confirmed clinical toxoplasmosis in cats: 100 cases (1952-1990). J Am Vet Med Assoc. 1993;203(11):1556-1566 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8288479
- Dubey JP. Duration of immunity to shedding of Toxoplasma gondii oocysts by cats. J Parasitol. 1995;81(3):410-415 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7776126
- Tourdjman M et al. Toxoplasmose chez les femmes enceintes en France : évolution de la séroprévalence et des facteurs associés entre 1995 et 2010, à partir des Enquêtes nationales périnatales. Bull Epidémiol Hebd. 2015;(15-16):264-272. beh.santepubliquefrance.fr/beh/2015/15-16/2015_15-16_5.html
Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.