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MALADIE · CHAT

Bartonellose du chat : porteurs sains, sérologie et PCR

Bartonella henselae est une bactérie du sang portée par beaucoup de chats, surtout les jeunes chats qui ont des puces. Presque tous paraissent en parfaite santé. La même bactérie cause chez l’homme la maladie des griffes du chat, d’où les questions sur le dépistage. Voici ce que les analyses peuvent dire, et ce qu’elles ne disent pas.

L’essentiel

Le chat est le principal réservoir de Bartonella henselae, et la plupart des chats infectés n’ont aucun signe. Les puces transmettent la bactérie entre chats ; une griffure, avec des déjections de puces sous les griffes, la transmet à l’homme. Une sérologie positive montre un contact, pas forcément une infection en cours : moins de la moitié des chats séropositifs ont la bactérie dans le sang. La culture et la PCR recherchent la bactérie elle-même. Le dépistage d’un chat en bonne santé sert surtout pour les donneurs de sang et les foyers avec une personne immunodéprimée. La lutte contre les puces toute l’année est la clé de la prévention.

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La plupart des chats infectés sont des porteurs sains

Le chat est le principal réservoir de Bartonella henselae ; B. clarridgeiae est l’autre espèce fréquente chez le chat [1, 3]. Les chats infectés n’ont en général aucun signe, et un lien avec une maladie a rarement été démontré [1]. Un chat peut porter la bactérie dans le sang pendant des mois, voire des années [2]. L’infection prolongée du sang concerne surtout les chats de moins de 2 ans, et de jeunes chats infectés lors d’une étude ont gardé une bactériémie récidivante jusqu’à 454 jours [1].

En Europe, la proportion de chats porteurs d’anticorps va de 8 à 53 % selon les études [1].
ÉtudeChatsBactérie dans le sang (culture)Anticorps
Région parisienne [4]436 chats de compagnie16,5 %41,1 %
Strasbourg [11]94 chats errants53 %–
Quatre régions des États-Unis [5]271 chats de 3 mois à 2 ans24 %51 %
Refuge de San Francisco [7]193 chatons et 158 jeunes adultes25,9 % des chatons, 41,1 % des jeunes adultes10 % des chatons, 46,2 % des jeunes adultes

Comment un chat attrape la bartonellose

  • Les puces : la puce du chat (Ctenocephalides felis) avale la bactérie avec le sang, et celle-ci se multiplie dans son intestin. Les déjections de puces déposées sur la peau se retrouvent sous les griffes quand le chat se gratte [1].
  • La preuve expérimentale : des puces prélevées sur des chats infectés ont transmis l’infection à des chatons, alors que des chatons vivant avec des chatons infectés, sans puces, sont restés indemnes [6].
  • Pas par simple contact : sans puces, la bactérie ne s’est transmise ni par morsure, ni par toilettage, ni par la litière ou les gamelles partagées, ni lors de l’accouplement, ni de la mère aux chatons [1].
  • La transfusion sanguine peut aussi la transmettre [1].

Facteurs de risque relevés dans les enquêtes : jeune âge, puces, chat adopté en refuge ou ancien chat errant, et vie avec d’autres chats [3, 4, 5].

Ce que montre la prise de sang

  • Le plus souvent, rien : la numération, la biochimie et l’analyse d’urine sont souvent normales chez les chats infectés [2]. Voir la prise de sang du chat.
  • Chez les chats malades, on a décrit une anémie, des éosinophiles élevés, des protéines et des globulines élevées, des neutrophiles bas et des plaquettes basses [2]. Voir l’anémie du chat et les éosinophiles.
  • Globulines : les chats séropositifs avaient plus souvent des globulines élevées, mais les anticorps n’étaient pas plus fréquents chez les chats anémiés [1].
  • Une autre bactérie du sang du chat est présentée dans l’hémobartonellose du chat.

Lire la ligne de la sérologie

Voici une ligne d’exemple chez un jeune chat testé avant d’entrer dans un programme de don de sang.

Une ligne de compte rendu, annotée · Exemple illustratif
AbréviationRésultatUnitéIntervalle du laboratoireSignalement
Bart IFI anticorps anti-Bartonella henselae (IFI)1:256titre< 1:64H
  1. Abréviation Aussi notée sérologie Bartonella ou IgG B. henselae. Les anticorps contre B. henselae réagissent aussi avec B. clarridgeiae : le test ne permet pas de dire quelle espèce est en cause [3].
  2. Résultat 1:256 dans cet exemple : les anticorps sont encore détectés quand le sérum est dilué 256 fois. Un titre élevé va souvent avec une culture ou une PCR positive [2].
  3. Unité Un titre est une dilution, sans unité. IFI signifie immunofluorescence indirecte (IFA en anglais) ; l’ELISA est une autre méthode [1].
  4. Intervalle du laboratoire Le seuil de positivité est fixé par chaque laboratoire : 1:64 dans une étude italienne [10]. Les méthodes ne sont pas standardisées entre laboratoires [3].
  5. Signalement H ou une flèche vers le haut : au-dessus du seuil. Cela prouve un contact, pas une infection en cours : moins de la moitié des chats séropositifs sont réellement infectés [3].

Sérologie, culture et PCR

  • Sérologie (IFI ou ELISA) : plus utile pour exclure l’infection que pour la confirmer. La valeur prédictive positive est de 32 à 46 %, la valeur prédictive négative de 85 à 97 % [3]. Dans une étude française sur 436 chats, l’absence d’anticorps correspondait à l’absence de bactériémie dans 97,3 % des cas [4].
  • Un test négatif chez un chaton rassure moins : dans un refuge, les chatons positifs en culture avaient 9,4 fois plus de risques que les jeunes adultes de ne pas avoir d’anticorps [7].
  • L’hémoculture est la méthode de référence, mais elle demande un laboratoire spécialisé et elle est lente. Une culture positive prouve l’infection, pas que la bactérie cause la maladie du chat [1, 3].
  • La PCR détecte l’ADN de la bactérie plus vite. La bactériémie peut être intermittente : répéter les cultures ou faire la PCR sur plusieurs prélèvements limite les faux négatifs [1, 3].

Qui tester ? Les recommandations visent les chats donneurs de sang, les chats qui vivent avec une personne immunodéprimée, et les foyers où une personne a une maladie liée à Bartonella [1, 2]. Pour un donneur de sang, le minimum est une PCR négative ; le donneur idéal est aussi séronégatif [8]. En dehors de ces cas, tester un chat en bonne santé n’apporte guère de bénéfice [1].

Comme le chat porteur est souvent en bonne santé, conclure à une bartonellose maladie (par exemple une uvéite ou une infection des valves cardiaques, toutes deux rares) impose d’écarter les autres causes [1]. Autres infections à rechercher chez le chat : FIV et FeLV et toxoplasmose.

La maladie des griffes du chat chez l’homme

B. henselae cause la maladie des griffes du chat, un gonflement des ganglions proches de la griffure qui guérit en général spontanément ; chez les personnes immunodéprimées, elle peut entraîner des maladies bien plus graves [1]. Un petit bouton, puis une pustule, apparaît au point de griffure dans les 14 jours, et les ganglions gonflent dans les semaines qui suivent ; les formes simples peuvent mettre plusieurs mois à disparaître [3]. Aux États-Unis, environ 12 000 personnes sont diagnostiquées chaque année en consultation et 500 hospitalisées, avec le taux le plus élevé chez les enfants de 5 à 9 ans [9].

Beaucoup de malades avaient été en contact étroit avec des chatons [3]. Lavez rapidement une griffure ou une morsure de chat à l’eau et au savon et demandez conseil à votre médecin ; évitez les jeux brusques et ne laissez pas le chat lécher une plaie [3]. Traiter un chat porteur en bonne santé par antibiotiques ne supprime pas le risque de façon fiable [1]. La lutte stricte contre les puces est la seule prévention démontrée, et il n’existe pas de vaccin [1].

Pour aller plus loin

In English: Bartonella in cats.

Questions à poser à votre vétérinaire

  1. Mon chat doit-il être testé, compte tenu des personnes qui vivent à la maison ?
  2. S’agit-il d’une sérologie, d’une culture ou d’une PCR ?
  3. Si la sérologie est positive, mon chat est-il infecté en ce moment ?
  4. Les signes de mon chat peuvent-ils avoir une autre cause à écarter d’abord ?
  5. Quel antiparasitaire contre les puces donner à tous les animaux de la maison, toute l’année ?
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Questions fréquentes

Quel est le traitement pour la maladie des griffes de chat ?

C’est une question pour votre médecin, qui seul peut examiner et décider. La forme simple guérit en général d’elle-même, parfois en plusieurs mois [3]. Le traitement du chat, lui, ne supprime pas le risque de façon fiable [1].

Quand s’inquiéter d’une griffe de chat ?

Lavez toute griffure à l’eau et au savon et demandez conseil à votre médecin [3], surtout si un ganglion gonfle dans les semaines suivantes [3] ou si la personne griffée est immunodéprimée, car la maladie peut alors être plus grave [1].

Comment mon chat a-t-il attrapé Bartonella ?

Presque toujours par les puces ou leurs déjections. Sans puces, la bactérie ne s’est pas transmise par morsure, toilettage ou litière partagée [1].

Un chat d’intérieur peut-il être porteur ?

Oui. Chez 271 jeunes chats américains, vivre uniquement à l’intérieur n’était pas associé à un taux d’infection significativement plus bas [5]. Les puces et l’origine refuge ou errante étaient des facteurs de risque [4, 5].

Peut-on débarrasser un chat de Bartonella ?

Pas de façon fiable. Les antibiotiques ont éliminé la bactériémie chez certains chats mais pas chez d’autres, et traiter un porteur sain n’est pas recommandé à cause du risque de résistance [1, 3]. La lutte contre les puces passe en premier [1].

Sources

  1. Pennisi MG et al. Bartonella species infection in cats: ABCD guidelines on prevention and management. J Feline Med Surg. 2013;15(7):563-569 (en anglais). doi.org/10.1177/1098612X13489214
  2. Álvarez-Fernández A, Breitschwerdt EB, Solano-Gallego L. Bartonella infections in cats and dogs including zoonotic aspects. Parasit Vectors. 2018;11:624 (en anglais). doi.org/10.1186/s13071-018-3152-6
  3. Brunt J et al. American Association of Feline Practitioners 2006 Panel report on diagnosis, treatment, and prevention of Bartonella spp. infections. J Feline Med Surg. 2006;8(4):213-226 (en anglais). doi.org/10.1016/j.jfms.2006.05.006
  4. Gurfield AN et al. Epidemiology of Bartonella infection in domestic cats in France. Vet Microbiol. 2001;80(2):185-198 (en anglais). doi.org/10.1016/s0378-1135(01)00304-2
  5. Guptill L et al. Prevalence, risk factors, and genetic diversity of Bartonella henselae infections in pet cats in four regions of the United States. J Clin Microbiol. 2004;42(2):652-659 (en anglais). doi.org/10.1128/JCM.42.2.652-659.2004
  6. Chomel BB et al. Experimental transmission of Bartonella henselae by the cat flea. J Clin Microbiol. 1996;34(8):1952-1956 (en anglais). doi.org/10.1128/jcm.34.8.1952-1956.1996
  7. Fleischman DA et al. Bartonella infection among cats adopted from a San Francisco shelter, revisited. Appl Environ Microbiol. 2015;81(18):6446-6450 (en anglais). doi.org/10.1128/AEM.01864-15
  8. Wardrop KJ et al. Update on canine and feline blood donor screening for blood-borne pathogens. J Vet Intern Med. 2016;30(1):15-35 (en anglais). doi.org/10.1111/jvim.13823
  9. Nelson CA, Saha S, Mead PS. Cat-scratch disease in the United States, 2005-2013. Emerg Infect Dis. 2016;22(10):1741-1746 (en anglais). doi.org/10.3201/eid2210.160115
  10. Fabbi M et al. Prevalence of Bartonella henselae in stray and domestic cats in different Italian areas: evaluation of the potential risk of transmission of Bartonella to humans. Parassitologia. 2004;46(1-2):127-129 (en italien). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15305701
  11. Heller R et al. Prevalence of Bartonella henselae and Bartonella clarridgeiae in stray cats. J Clin Microbiol. 1997;35(6):1327-1331 (en anglais). doi.org/10.1128/jcm.35.6.1327-1331.1997

Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.