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MALADIE · CHAT

Hémobartonellose du chat : anémie, frottis sanguin et PCR

L’hémobartonellose, ou anémie infectieuse féline, est due à de minuscules bactéries qui se fixent à la surface des globules rouges. L’ancien nom de la principale, Haemobartonella felis, a été remplacé par Mycoplasma haemofelis ; on parle aujourd’hui d’hémoplasmes. La numération montre l’anémie ; une PCR sur sang confirme l’infection et précise l’espèce.

L’essentiel

Trois hémoplasmes principaux infectent le chat. Mycoplasma haemofelis est le plus pathogène et peut provoquer une anémie parfois sévère ; les deux autres en causent rarement, sauf chez un chat déjà malade. L’anémie est le plus souvent régénérative, avec de grands globules rouges et des réticulocytes. Le frottis sanguin manque la plupart des infections et donne des faux positifs : la PCR sur tube EDTA, faite avant les antibiotiques, est l’examen de choix. Beaucoup de chats restent porteurs après le traitement. Le pronostic est en général bon si le traitement est rapide, mais les formes sévères peuvent être mortelles.

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Trois espèces, inégalement dangereuses

Les trois espèces peuvent être portées sans aucun signe [2]. Jusqu’à 10 % des chats en bonne santé sont infectés à un moment donné : un test positif ne prouve donc pas à lui seul que la bactérie est la cause de la maladie du chat [3].

Les chiffres varient beaucoup, car les études portent sur des chats très différents : sains ou malades, de propriétaire ou errants [1].
EspèceFréquenceCe qu’elle provoque
Mycoplasma haemofelis0,4 à 27,0 % des chats testés par PCR [1]La plus pathogène : peut rendre anémique un chat par ailleurs en bonne santé, parfois de façon sévère ou mortelle [1].
« Candidatus Mycoplasma haemominutum »La plus fréquente : 4,4 à 46,7 % [1]Anémie peu fréquente, sauf si le chat a un autre problème : FeLV, chimiothérapie, immunodépression [1].
« Candidatus Mycoplasma turicensis »0 à 26,0 % [1]Anémie peu fréquente ; les maladies associées et l’immunodépression semblent jouer un rôle [1].

Ce que montre la prise de sang

  • Hématocrite : bas. L’anémie est en général régénérative, macrocytaire (grands globules rouges) et hypochrome, même si certains chats régénèrent peu ou pas [1, 3]. Voir l’anémie du chat.
  • Réticulocytes et VGM : dans une étude américaine sur 310 chats, les chats infectés par M. haemofelis avaient plus de réticulocytes, plus de globules rouges nucléés et un VGM plus élevé que les chats non infectés [5].
  • Test de Coombs et agglutination : des anticorps fixés sur les globules rouges peuvent rendre le test de Coombs positif ou provoquer une agglutination. Chez les chats infectés, ces anticorps apparaissent après le début de l’anémie et disparaissent avec les antibiotiques et les soins de soutien seuls [1, 6].
  • Globules blancs et plaquettes : lymphocytes ou éosinophiles bas, monocytes plus nombreux, ou plaquettes un peu basses sont possibles ; leur signification reste floue [1].
  • Biochimie : bilirubine parfois élevée par destruction des globules rouges, ALAT augmentée quand le foie manque d’oxygène, globulines parfois élevées ou albumine basse [1, 3]. Voir les enzymes hépatiques du chat.

La déshydratation concentre le sang et peut masquer la gravité de l’anémie : la numération est recontrôlée une fois le chat réhydraté [3]. Pour l’ensemble du bilan, voir la prise de sang du chat.

Lire la ligne de l’hématocrite

Voici une ligne d’exemple, tirée d’un cas publié : un jeune mâle sortant infecté par M. haemofelis [3].

Une ligne de compte rendu, annotée · Exemple illustratif
AbréviationRésultatUnitéIntervalle du laboratoireSignalement
Ht hématocrite16%25–45L
  1. Abréviation Ht, HCT ou PCV : la part du sang occupée par les globules rouges.
  2. Résultat 16 % dans ce cas : une anémie modérée [3].
  3. Unité En pourcentage ; certains automates l’expriment en fraction (0,16 l/l).
  4. Intervalle du laboratoire 25 à 45 % était l’intervalle de référence dans ce cas ; chaque laboratoire a le sien [3].
  5. Signalement L ou une flèche vers le bas : sous l’intervalle. Les réticulocytes disent si la moelle répond : ici 380 ×10⁹/l de réticulocytes agrégés, une forte régénération qui oriente vers une destruction ou une perte de globules rouges [3].

Comment l’infection est confirmée

  • Frottis sanguin : les bactéries apparaissent comme de petits points sur les globules rouges, mais seulement quand elles sont très nombreuses. La sensibilité n’était que de 0 à 37,5 % dans les études, et « Ca. M. turicensis » n’a jamais été vu sur un frottis [1].
  • Pièges du frottis : précipités de colorant, corps de Howell-Jolly et artefacts de séchage lent sont des causes fréquentes de faux positifs, et le frottis ne distingue pas les espèces [1, 3].
  • PCR sur tube EDTA : la méthode diagnostique de choix. Elle est bien plus sensible et spécifique que le frottis, et les PCR spécifiques d’espèce identifient chaque espèce et les co-infections [1, 11].
  • Moment du prélèvement : avant les antibiotiques, car un traitement efficace fait chuter le nombre de bactéries en quelques jours. Le nombre de M. haemofelis peut aussi varier fortement de lui-même en quelques jours [1, 3].
  • Test de Coombs : un résultat positif se voit aussi dans l’anémie hémolytique à médiation immune primaire, que le vétérinaire envisage si le diagnostic reste incertain ou si le chat ne répond pas aux antibiotiques [1, 3]. Pour le principe du test, voir l’anémie hémolytique du chien.

Le vétérinaire recherche aussi le FIV et le FeLV, car l’infection par un rétrovirus est un facteur de risque dans de nombreuses études [1, 5].

Quels chats, et comment elle se transmet

Les mâles qui sortent sont plus souvent infectés dans de nombreuses études, et l’âge avancé est parfois un facteur de risque [1, 4]. Au Japon, les blessures de bagarre et le FIV étaient des facteurs de risque chez 1 770 chats sortants [10]. Le FeLV ou le FIV étaient associés à M. haemofelis dans une étude américaine [5].

Le mode de transmission naturel reste inconnu. Les bagarres pourraient transmettre du sang infecté, surtout à partir de chats très chargés en bactéries [1]. Les puces ont longtemps été suspectées, mais une réévaluation de 2024 suggère qu’elles ont peu de chances de jouer un rôle important [1]. La transmission par transfusion sanguine est prouvée : les chats donneurs sont dépistés par PCR [1, 4].

Un chat qui ne sort jamais peut aussi être infecté : parmi 4 880 chats donneurs de sang d’intérieur en bonne santé, en Espagne et au Portugal, 3,7 % portaient un hémoplasme [1]. Les chats porteurs peuvent rester sans signes longtemps, et l’infection peut se réactiver plus tard [1, 7].

Chats porteurs et pronostic

Le pronostic de l’hémoplasmose est en général bon si le traitement commence rapidement, mais la mortalité peut être élevée dans les formes sévères [1]. Les cas aigus s’améliorent souvent en 24 heures avec les antibiotiques et la perfusion [3]. Dans une étude turque sur 25 chats malades infectés par M. haemofelis, 14 (56 %) ont survécu [8]. Chez 22 chats anémiques suivis en Allemagne, l’infection était souvent chronique, pouvait se réactiver des mois plus tard et motivait rarement une euthanasie [7].

Le traitement corrige l’anémie mais n’élimine souvent pas la bactérie, et les chats restent en général positifs en PCR tant qu’ils sont porteurs [1, 3]. Un porteur sans signes n’est en général pas traité [1]. Il n’existe pas de vaccin [1].

Pour aller plus loin

Autres causes de destruction des globules rouges : l’anémie hémolytique du chat.

In English: Mycoplasma haemofelis in cats.

Questions à poser à votre vétérinaire

  1. L’hématocrite est-il très bas, et l’anémie est-elle régénérative ?
  2. Que montre le comptage des réticulocytes ?
  3. Une PCR hémoplasmes a-t-elle été faite avant les antibiotiques, et quelle espèce a été trouvée ?
  4. Mon chat a-t-il été testé pour le FIV et le FeLV ?
  5. Quand recontrôler la numération, et éventuellement la PCR ?
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Questions fréquentes

Quelles sont les causes d’une anémie chez le chat ?

Une perte de sang, une destruction des globules rouges (hémoplasmes, FeLV, anémie à médiation immune, toxiques) ou une production insuffisante par la moelle (maladie chronique, insuffisance rénale, FeLV ou FIV) [3]. Voir l’anémie du chat.

Quelle maladie est transmissible du chat à l’homme ?

Pour les hémoplasmes, le risque semble très faible : une seule infection proche de M. haemofelis a été décrite chez une personne atteinte du VIH, qui avait aussi une bartonellose [9]. Les experts de l’ABCD ne considèrent pas que le risque d’infection humaine par les hémoplasmes du chat soit significatif [1].

Comment un chat d’intérieur peut-il être infecté ?

Souvent, on ne le sait pas : le mode de transmission naturel n’est pas prouvé, un chat porteur peut rester longtemps sans signes, et la transfusion est une voie connue. Les chats d’intérieur peuvent aussi être infectés [1].

Le frottis sanguin suffit-il à exclure la maladie ?

Non. Il manque la plupart des infections et peut donner des faux positifs ; la PCR est l’examen de choix [1].

Mon chat sera-t-il guéri après le traitement ?

L’anémie s’améliore en général, mais la bactérie n’est souvent pas éliminée et le chat peut rester porteur [1, 3].

Sources

  1. ABCD Europe. Guideline for haemoplasmosis in cats. Mise à jour du 24 mars 2026 (en anglais). abcdcatsvets.org/guideline-for-haemoplasmosis
  2. Tasker S et al. Haemoplasmosis in cats: European guidelines from the ABCD on prevention and management. J Feline Med Surg. 2018;20(3):256-261 (en anglais). doi.org/10.1177/1098612X18758594
  3. Tasker S. Haemotropic mycoplasmas: what’s their real significance in cats? J Feline Med Surg. 2010;12(5):369-381 (en anglais). doi.org/10.1016/j.jfms.2010.03.011
  4. Willi B et al. Prevalence, risk factor analysis, and follow-up of infections caused by three feline hemoplasma species in cats in Switzerland. J Clin Microbiol. 2006;44(3):961-969 (en anglais). doi.org/10.1128/JCM.44.3.961-969.2006
  5. Sykes JE et al. Prevalences of various hemoplasma species among cats in the United States with possible hemoplasmosis. J Am Vet Med Assoc. 2008;232(3):372-379 (en anglais). doi.org/10.2460/javma.232.3.372
  6. Tasker S et al. Description of outcomes of experimental infection with feline haemoplasmas: copy numbers, haematology, Coombs’ testing and blood glucose concentrations. Vet Microbiol. 2009;139(3-4):323-332 (en anglais). doi.org/10.1016/j.vetmic.2009.06.028
  7. Weingart C, Tasker S, Kohn B. Infection with haemoplasma species in 22 cats with anaemia. J Feline Med Surg. 2016;18(2):129-136 (en anglais). doi.org/10.1177/1098612X15573562
  8. Ider M et al. Evaluation of endothelial glycocalyx injury biomarkers in feline hemotropic mycoplasmosis. Sci Rep. 2024;14(1):12931 (en anglais). doi.org/10.1038/s41598-024-62359-7
  9. dos Santos AP et al. Hemoplasma infection in HIV-positive patient, Brazil. Emerg Infect Dis. 2008;14(12):1922-1924 (en anglais). doi.org/10.3201/eid1412.080964
  10. Tanahara M et al. An epidemiological survey of feline hemoplasma infection in Japan. J Vet Med Sci. 2010;72(12):1575-1581 (en anglais). doi.org/10.1292/jvms.10-0143
  11. Sykes JE. Feline hemotropic mycoplasmas. J Vet Emerg Crit Care. 2010;20(1):62-69 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1476-4431.2009.00491.x

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