Mon chien a mangé un champignon : que faire ?
Appelez tout de suite votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire, comme le CNITV de Lyon, joignable 7 jours sur 7 [18], même si votre chien semble aller bien. Identifier un champignon est difficile : tout champignon mangé par un animal doit être considéré comme toxique tant qu’un spécialiste ne l’a pas identifié [12]. Les espèces les plus dangereuses ne donnent aucun signe pendant les 6 à 12 premières heures [1], et les décisions de traitement dépendent de savoir vite si l’amanitine est en cause [6].
Photographiez le champignon sous plusieurs angles ainsi que l’endroit où il poussait, et gardez le reste, ou des champignons du même endroit, pour l’identification [3]. En Norvège, le centre antipoison fait identifier les champignons par un mycologue à partir de photos envoyées par téléphone, avec une description du lieu [5]. Des morceaux mâchés ou vomis sont difficiles à reconnaître à l’œil, même pour un expert [2]. N’essayez pas de soigner votre chien vous-même.
La plupart des cas finissent bien. Chez 421 chiens ayant mangé un champignon en Norvège, 45 % des champignons n’étaient pas toxiques, et 98,6 % des chiens ont survécu [5]. Les jeunes chiens sont les plus concernés : l’âge médian était de 5 mois, et la plupart des champignons poussaient dans le jardin [5]. Les champignons font partie des plantes toxiques et dangers du jardin, à côté des aliments toxiques.
Amanite phalloïde et autres champignons à amatoxines
L’amanite phalloïde (Amanita phalloides) est l’espèce la plus souvent en cause dans les décès par champignons chez l’humain et l’animal dans le monde [2]. D’autres amanites, comme les amanites blanches dites « anges destructeurs », et certaines lépiotes, galères et conocybes contiennent les mêmes toxines, les amatoxines ou amanitines [1]. La plupart des décès confirmés chez l’animal impliquent les genres Amanita, Galerina et Lepiota [12].
L’amanite phalloïde a un chapeau lisse, vert-jaunâtre à brun-jaunâtre, des lamelles blanches, un anneau sur le pied et une volve (sac) à la base ; Galerina marginata est petite, brune, et pousse sur le bois pourri [1]. L’aspect ne suffit pas à distinguer un champignon sans danger d’un champignon mortel : l’identification à l’œil est difficile même pour un mycologue expérimenté [2].
Les amanitines bloquent la machinerie qui fabrique les protéines dans les cellules. Les cellules très actives, comme celles du foie, de la paroi de l’intestin et des tubules du rein, sont touchées en premier [1]. Le chien absorbe beaucoup plus les amanitines que la souris ou le lapin, et un seul chapeau peut contenir une dose mortelle [1]. Le chien est particulièrement exposé parce qu’il mange presque tout et vagabonde [2], surtout le jeune chien, et l’insuffisance hépatique aiguë et la mort peuvent survenir en quelques jours [7].
Symptômes et délais : la fausse guérison
L’intoxication par les amatoxines évolue par phases, même si tous les chiens ne les montrent pas toutes [1] :
| Phase | Délai après l’ingestion | Ce que vous pouvez voir |
|---|---|---|
| Latence | 6 à 12 heures | Aucun signe [1] |
| Digestive | Jusqu’à 24 heures | Vomissements, douleur abdominale, diarrhée, fatigue [1] |
| Fausse guérison | Jusqu’à 24 à 48 heures | Le chien semble aller mieux [1] ; la glycémie peut chuter fortement après la phase digestive [1] |
| Foie et reins | 36 à 72 heures | Insuffisance hépatique, troubles de la coagulation, confusion due au foie défaillant, insuffisance rénale [1] |
| Évolution | 7 à 14 jours | Guérison ou décès [1] |
Ce long délai compte : le vétérinaire doit être prévenu de tout champignon, même si le chien a vomi une fois et semble normal ensuite. Dans le tableau du manuel Merck, les signes dus aux amatoxines commencent 6 à 24 heures après l’ingestion, rarement plus tard [2]. Chez des beagles ayant reçu de l’amanite phalloïde dans une étude, les signes digestifs sont apparus après 16 heures et l’atteinte du foie était maximale vers 48 heures [11]. Sur 59 chiens avec une intoxication confirmée à l’amanitine en Californie, 36 avaient moins d’un an, la plupart avaient des vomissements, de la diarrhée, une perte d’appétit ou de la faiblesse, et 22 avaient une température supérieure à 39,2 °C [4]. Chez un chiot de 12 semaines, la maladie a évolué vers un choc par hypoglycémie et la mort dans les 22 heures suivant son arrivée à l’hôpital [15].
Les autres groupes de champignons : plus rapides, en général moins graves
En règle générale, les champignons qui donnent des signes dans les 3 heures provoquent une intoxication qui guérit seule et ne menace pas la vie, alors que ceux qui donnent des signes après plus de 6 heures menacent la vie [2]. Un début rapide n’est pas une garantie : le chien a pu manger une espèce inoffensive et une espèce mortelle qui poussaient côte à côte [2].
| Groupe (exemples) | Début des signes | Principaux signes |
|---|---|---|
| Muscarine (inocybes, clitocybes) | Souvent 5 à 30 minutes, en général dans les 2 heures [3] | Salivation, larmoiement, urines, diarrhée, vomissements, gêne respiratoire, cœur lent, petites pupilles [3]. Les 54 chiens concernés en Norvège salivaient tous [5] |
| Isoxazoles (amanite tue-mouches Amanita muscaria, amanite panthère A. pantherina) | 30 à 120 minutes [3] | Désorientation, démarche ébrieuse, tête penchée, convulsions, respiration ralentie, coma dans les cas graves ; environ 24 heures [3] |
| Hallucinogènes (psilocybes et autres) | 30 à 60 minutes, rarement jusqu’à 3 heures [3] | Agressivité, démarche ébrieuse, vocalises, mouvements anormaux des yeux, convulsions, température élevée ; récupération en 6 heures environ [3] |
| Irritants digestifs (nombreuses espèces des pelouses et des bois) | 15 minutes à 3 heures [3] | Vomissements, diarrhée parfois sanglante, douleur abdominale ; récupération en général en 6 à 24 heures ; déshydratation dans les cas graves [3] |
Dans l’étude norvégienne, les irritants digestifs étaient le groupe toxique le plus fréquent (28,3 % des chiens), devant les champignons à muscarine (12,8 %) et à isoxazoles (4,0 %) [5]. Les champignons à isoxazoles peuvent tuer : deux chiens sont morts dans les 2 heures après avoir mangé de l’amanite tue-mouches [5], et un autre cas a été confirmé par un test ADN des morceaux mâchés [14]. Cinq chiens intoxiqués par des inocybes ont tous guéri avec des soins de soutien [13].
Ce que montrent les examens, et pourquoi
Pendant la phase digestive, le vétérinaire surveille le foie et les reins [1], souvent avec des prises de sang répétées, car les valeurs évoluent sur plusieurs jours. Chez les 59 chiens californiens, l’ALAT était augmentée chez 97 % à l’arrivée, la glycémie basse chez 78 % et les temps de coagulation allongés chez 91 % [4].
- Abréviation GLU ou GLUC, la ligne de la glycémie dans la biochimie.
- Résultat 0,38 g/l dans cet exemple : bien en dessous de l’intervalle. Une glycémie basse était présente chez 78 % des chiens intoxiqués à l’amanitine à leur arrivée [4].
- Unité g/l en France ; certains laboratoires donnent des mmol/l : le même intervalle Merck vaut 4,2 – 6,6 mmol/l [17].
- Intervalle du laboratoire Ici l’intervalle chien du manuel vétérinaire Merck, 76 – 119 mg/dl, soit 0,76 – 1,19 g/l [17] ; chaque laboratoire fixe le sien.
- Signalement L ou une flèche vers le bas : sous l’intervalle. Une hypoglycémie marquée ou des troubles de la coagulation peuvent annoncer un pronostic plus sombre [4], d’où des contrôles répétés de la glycémie.
| Examen | Ce qu’on peut trouver | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| ALAT et ASAT | Élevées, souvent très élevées [1, 4] | Des cellules du foie meurent ; après une agression aiguë, l’ALAT culmine vers 48 heures [16] |
| PAL et bilirubine | Élevées [1, 8] | Insuffisance hépatique ; la bilirubine donne la jaunisse. Voir bilirubine et GGT |
| Glycémie | Basse, parfois très basse [1, 4] | Les réserves de sucre du foie s’épuisent et l’amanitine peut déclencher une libération d’insuline [1]. Dans une étude, la moitié des chiens ayant reçu une dose mortelle sont morts d’hypoglycémie 1 à 2 jours après l’exposition [1] |
| Temps de coagulation (TP, TCA) | Allongés [4, 8] | Le foie défaillant ne fabrique plus les facteurs de coagulation [1], comme avec la mort aux rats pour d’autres raisons |
| Albumine et protéines totales | Peuvent baisser | Dans un modèle chez le porc, une baisse précoce de l’albumine et des protéines totales était liée au décès [1] |
| Valeurs rénales | Peuvent monter | L’amanitine peut abîmer les tubules du rein [1] ; avec les irritants digestifs, la déshydratation fait monter l’urée [3] |
| Recherche d’amanitine dans l’urine | Positive | Confirme l’exposition aux amatoxines ; proposée par certains laboratoires de toxicologie vétérinaire ; maximale le premier jour, détectable jusqu’à 4 jours [1] |
| Lipase | Parfois élevée | Augmentée chez 4 chiens testés sur 4 qui salivaient et avaient la diarrhée après des champignons [13] |
Les amanitines sont éliminées surtout inchangées dans l’urine [1], d’où l’intérêt de ce prélèvement. Un test urinaire rapide donne un résultat en 10 minutes et concordait bien avec l’analyse de laboratoire sur l’urine de chiens intoxiqués [10] ; il a servi chez un chiot de 2 mois avant le début du traitement [9]. Des tests de routine existent surtout pour les amanitines et la psilocine ; la plupart des autres intoxications par champignons ne sont jamais confirmées [6]. Le « test du papier journal » pour l’amanitine n’est pas fiable seul [1]. Pour les maladies du foie au long cours, voir hépatite et maladie du foie du chien.
Prise en charge et pronostic
Il n’existe pas d’antidote prouvé contre l’intoxication par les champignons ; la prise en charge repose sur l’élimination précoce de la toxine et des soins intensifs [2]. Pour les amatoxines, cela veut dire surveillance étroite, perfusion, charbon activé, sucre, vitamine K et produits sanguins selon les besoins [1]. La silibinine, extraite du chardon-Marie, a été efficace chez le chien dans des études [1, 11] ; elle est un traitement établi chez l’humain en Europe [1].
L’intoxication par les amatoxines est grave : plus de la moitié des chiens peuvent mourir d’insuffisance hépatique ou rénale [1]. Sur les 59 chiens californiens, 13 sont sortis vivants et ont complètement guéri [4] ; dans une autre série, les 5 chiens ont survécu avec des soins intensifs [8]. Chez des beagles ayant reçu de l’amanite phalloïde, les valeurs sanguines des survivants étaient revenues à la normale le neuvième jour [11]. La plupart des autres champignons causent une maladie courte : en Norvège, 64 % des chiens ont été suivis à la maison avec les conseils du centre antipoison, et seuls 3 chiens sur 421 avaient mangé un champignon à amatoxines [5].
Pour aller plus loin
Un autre toxique qui fait chuter la glycémie et abîme le foie : le xylitol.
In English: mushroom poisoning in dogs.
Questions à poser à votre vétérinaire
- Le champignon peut-il être identifié à partir de mes photos ou des morceaux apportés ?
- Faut-il rechercher l’amanitine dans l’urine de mon chien ?
- Où en sont l’ALAT, la glycémie et les temps de coagulation, et quand seront-ils recontrôlés ?
- Faut-il aussi suivre la bilirubine, l’albumine et les valeurs rénales ?
- Combien de temps faut-il surveiller mon chien avant d’être rassuré pour le foie ?
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Questions fréquentes
Mon chien a mangé un champignon, que faire ?
Appelez tout de suite votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire, comme le CNITV [18], même s’il semble aller bien. Photographiez le champignon et l’endroit où il poussait, et gardez-en des morceaux pour l’identification [3, 5]. Tout champignon doit être considéré comme toxique tant qu’un spécialiste ne l’a pas identifié [12].
Quels sont les symptômes d’une intoxication aux champignons chez le chien ?
Les plus fréquents sont les vomissements, la diarrhée et une forte salivation [5]. Certains champignons donnent une démarche ébrieuse, de la désorientation, des tremblements ou des convulsions [3]. Avec l’amanite phalloïde, vomissements et diarrhée arrivent après 6 à 24 heures, le chien peut sembler guérir, puis le foie lâche vers 36 à 72 heures [1, 2].
Les champignons cuits sont-ils bons pour les chiens ?
Nous n’avons pas trouvé de source vétérinaire fiable sur les champignons du commerce chez le chien : demandez l’avis de votre vétérinaire avant d’en donner. Pour les champignons sauvages, la cuisson ne les rend pas sûrs : la muscarine de certaines espèces résiste à la chaleur [3], et un seul chapeau d’amanite mortelle peut contenir une dose mortelle [1].
Combien de temps après avoir mangé un champignon un chien est-il malade ?
De 15 à 30 minutes pour certains champignons à jusqu’à 24 heures pour d’autres [12]. Les champignons à muscarine agissent souvent en 5 à 30 minutes [3] ; les signes de l’amanite phalloïde commencent en général après 6 à 12 heures ou plus [1]. N’attendez pas les signes pour appeler.
Un chien peut-il guérir d’une intoxication aux champignons ?
Oui, la plupart guérissent : dans une étude sur 421 chiens, 98,6 % ont survécu [5]. L’intoxication par les amatoxines est bien plus dangereuse, avec plus de la moitié de décès [1], mais certains chiens guérissent complètement avec des soins intensifs [4, 8].
Sources
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- Puschner B. Overview of Mushrooms Toxic to Animals. Merck Veterinary Manual, revu en 2022, mis à jour en 2025 (en anglais). merckvetmanual.com/toxicology/poisonous-mushrooms/overview-of-mushrooms-toxic-to-animals
- Puschner B. Toxin Latent Period ≤3 Hours After Ingestion of Mushrooms. Merck Veterinary Manual, revu en 2022, mis à jour en 2024 (en anglais). merckvetmanual.com/toxicology/poisonous-mushrooms/toxin-latent-period-3-hours-after-ingestion-of-mushrooms
- Kaae JA, Poppenga RH, Hill AE. Physical examination, serum biochemical, and coagulation abnormalities, treatments, and outcomes for dogs with toxicosis from α-amanitin-containing mushrooms: 59 cases (2006-2019). J Am Vet Med Assoc. 2021;258(5):502-509 (en anglais). doi.org/10.2460/javma.258.5.502
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- Puschner B, Wegenast C. Mushroom poisoning cases in dogs and cats: diagnosis and treatment of hepatotoxic, neurotoxic, gastroenterotoxic, nephrotoxic, and muscarinic mushrooms. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2018;48(6):1053-1067 (en anglais). doi.org/10.1016/j.cvsm.2018.06.008
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- VetAgro Sup. Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires (CNITV). vetagro-sup.fr/recherche-expertise/centre-national-dinformations-toxicologiques-veterinaires-cnitv
Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.