Comment agit la mort aux rats chez le chien
La plupart des raticides sont des anticoagulants. Ils bloquent une enzyme qui recycle la vitamine K. Sans elle, le foie ne peut plus activer les facteurs de coagulation II, VII, IX et X. Quand les facteurs actifs sont épuisés, un saignement important apparaît après 3 à 5 jours [1]. Les produits de deuxième génération, comme le brodifacoum, la bromadiolone ou la diphacinone, restent beaucoup plus longtemps dans l’organisme que les anciens [1].
Ces poisons sont la première cause de ce type de trouble de la coagulation, et c’est chez le chien qu’ils sont le plus souvent décrits [2]. Le propriétaire ne voit souvent pas le chien manger l’appât : dans une étude allemande de 52 chiens intoxiqués, l’ingestion n’avait été vue que pour 2 d’entre eux (4 %) [6].
- Tous les raticides ne sont pas des anticoagulants. Les trois types les plus fréquents sont les anticoagulants, la bromethaline et le cholécalciférol (vitamine D3). Le nom courant du produit ne suffit pas : c’est la substance active indiquée sur l’étiquette qui compte [9].
- Le cholécalciférol fait fortement monter le calcium du sang, avec vomissements, perte d’appétit, soif et urines abondantes [10]. Voir le calcium du chien et du chat.
- La bromethaline atteint le système nerveux, avec par exemple des tremblements ou une démarche ébrieuse. Dans une étude de 192 chiens qui en avaient mangé, 25 ont présenté des signes [11].
Symptômes et délai d’apparition
Les signes sont souvent peu précis : fatigue, perte d’appétit, gencives pâles [1]. Dans une étude de 349 chiens, seuls 30 % avaient des signes à la consultation. Parmi les chiens qui en avaient, 86 % étaient abattus, 55 % avaient du mal à respirer et 44 % avaient un saignement visible [4].
Le saignement peut se produire presque partout. Chez 62 chiens, les sites les plus fréquents étaient le thorax autour des poumons (37 %), les poumons eux-mêmes (24 %), l’abdomen (24 %) et la peau (21 %). Plus de la moitié saignaient à plusieurs endroits [1]. La gêne respiratoire est fréquente, et le thorax était le site de saignement le plus courant dans la plus grande étude [4, 5].
Ce que montrent la coagulation et la numération
| Examen | Ce qu’il montre souvent | Pourquoi |
|---|---|---|
| TP (temps de Quick) | Allongé, souvent le plus | Le facteur VII a la durée de vie la plus courte des facteurs dépendant de la vitamine K, donc le TP s’allonge en premier [2] |
| TCA (temps de céphaline activée) | Allongé, souvent un peu plus tard | S’allonge quand les autres facteurs s’épuisent ; le saignement survient en général quand les deux tests sont longs [2] |
| Globules rouges (hématocrite) | Anémie chez 75 à 83 % des chiens | Saignement, souvent à l’intérieur du corps [5, 6] |
| Plaquettes | Normales ou légèrement à modérément basses | Consommées par un saignement important ; basses chez 24 à 61 % selon les études [2, 4, 5] |
| Protéines totales | Basses chez 57 % dans une étude | Une anomalie fréquente chez les chiens qui saignent [5] |
| Fibrinogène | En général normal | Aide à distinguer l’intoxication d’une CIVD [2] |
Pour la numération complète, voir la prise de sang du chien, l’anémie chez le chien et le chat et les plaquettes basses du chien.
Lire la ligne du TP
Le TP mesure, en secondes, le temps que met un échantillon de sang à coaguler au laboratoire. Chez les chiens intoxiqués, il est souvent très au-dessus de l’intervalle : dans une étude, tous les chiens avaient un TP fortement modifié à l’admission [6].
- Abréviation TP, parfois noté PT ou TQ. Il se lit avec le TCA.
- Résultat 48 secondes dans cet exemple : très au-dessus de l’intervalle, comme souvent chez un chien qui saigne après une mort aux rats [6].
- Unité Secondes (s).
- Intervalle du laboratoire 11 – 14 s était l’intervalle du chien d’un hôpital vétérinaire universitaire [12] ; chaque laboratoire et chaque appareil fixe le sien.
- Signalement H ou une flèche vers le haut : le sang coagule trop lentement. Un TP long avec un TCA presque normal peut signaler une intoxication récente [2].
Comment le vétérinaire confirme et surveille
- Le TP 48 à 72 heures après l’ingestion : sur 151 chiens vus dans les 6 heures et à qui l’on avait fait vomir l’appât, seuls 11 ont eu ensuite un TP allongé, et aucun n’a saigné. Contrôler le TP à 48 – 72 heures avant de décider de la vitamine K est apparu sûr [3].
- Le test PIVKA : il détecte les protéines de coagulation inactives. Avec un seuil de 150 secondes, sa sensibilité dépassait 90 % et sa spécificité 98 %. Une maladie grave du foie peut donner de faux positifs ; une vitamine K1 déjà donnée ou un test trop précoce peuvent donner de faux négatifs [8]. La plupart des laboratoires ne le proposent pas [2].
- La recherche du toxique : le dosage du poison dans le sang ou le foie est l’examen de référence, mais il est coûteux [2].
- L’imagerie : radiographie ou échographie recherchent du sang dans le thorax, l’abdomen ou autour du cœur [1].
- Les autres causes de saignement interne : chez les chiens avec un trouble grave de la coagulation mais une recherche de toxique négative, un cancer était le diagnostic le plus fréquent (31 %) [7]. Voir l’hémangiosarcome du chien.
La vitamine K1 est l’antidote ; elle est donnée par le vétérinaire, souvent avec du plasma ou une transfusion quand le chien saigne [4]. Dans un hôpital vétérinaire de Lyon, les temps de coagulation étaient revenus dans l’intervalle dans les 24 heures suivant l’admission chez tous les animaux traités [12].
Chances de survie
Le pronostic est bon quand l’intoxication est reconnue et traitée. La survie était de 98,7 % chez les chiens avec une recherche de toxique positive dans une étude [7] ; 94 % des chiens sont rentrés chez eux après une hospitalisation médiane de 3 jours dans une autre [6] ; et 86 % des chiens qui saignaient déjà ont survécu jusqu’à leur sortie dans une troisième [4]. Une étude plus ancienne de 21 chiens, la plupart en train de saigner, rapportait 83 % de survie [5].
Pour aller plus loin
Tous les aliments et produits à tenir à l’écart, avec les analyses de chacun : aliments toxiques pour le chien et le chat.
Autres intoxications expliquées : le xylitol, l’antigel et le raisin.
In English: dog ate rat poison.
Questions à poser à votre vétérinaire
- Quel type de poison contient ce produit, et cela change-t-il les examens ?
- Quand faut-il contrôler le TP, et un seul test suffit-il ?
- Le TP et le TCA sont-ils tous les deux allongés, et de combien ?
- Y a-t-il une anémie ou du sang dans le thorax ou l’abdomen ?
- Quand faudra-t-il refaire le test de coagulation après la fin du traitement ?
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Questions fréquentes
Est-ce grave si un chien mange de la mort au rat ?
Oui, c’est une urgence, même si le chien semble aller bien : le saignement apparaît souvent 3 à 5 jours plus tard [1]. Appelez votre vétérinaire ou un centre antipoison et gardez l’emballage, car la substance active compte [9].
Combien de temps faut-il pour que la mort au rat fasse effet sur un chien ?
Les anticoagulants agissent lentement. Les facteurs de coagulation s’épuisent en quelques jours, et un saignement important apparaît en général 3 à 5 jours après l’ingestion [1]. Le TP, lui, s’allonge plus tôt [2].
Quelles sont les chances de survie d’un chien empoisonné ?
Elles sont bonnes avec un traitement : les études rapportent 86 % à 98,7 % de survie chez les chiens intoxiqués par un anticoagulant, y compris ceux qui saignaient déjà [4, 7].
Comment savoir si mon chien a mangé de la mort aux rats ?
Les signes sont souvent peu précis : fatigue, gencives pâles, perte d’appétit, gêne respiratoire, bleus ou saignements [1, 4]. Un TP et un TCA allongés avec une anémie sur la prise de sang orientent fortement [2, 5].
Pourquoi le TP est-il le premier test demandé ?
Parce que le facteur VII a la durée de vie la plus courte des facteurs de coagulation dépendant de la vitamine K : le TP s’allonge avant le TCA [2].
Sources
- Stroope S et al. Retrospective Evaluation of Clinical Bleeding in Dogs With Anticoagulant Rodenticide Toxicity – A Multi-Center Evaluation of 62 Cases (2010–2020). Front Vet Sci. 2022;9:879179 (en anglais). doi.org/10.3389/fvets.2022.879179
- eClinPath, Cornell University College of Veterinary Medicine. Vitamin K (en anglais). eclinpath.com/hemostasis/disorders/vitamin-k
- Pachtinger GE, Otto CM, Syring RS. Incidence of prolonged prothrombin time in dogs following gastrointestinal decontamination for acute anticoagulant rodenticide ingestion. J Vet Emerg Crit Care. 2008;18(3):285-291 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1476-4431.2008.00313.x
- Paulin MV et al. Anticoagulant rodenticide toxicity in dogs: A retrospective study of 349 confirmed cases in Saskatchewan. Can Vet J. 2024;65(5):496-503 (en anglais, résumé en français). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38694735
- Sheafor SE, Couto CG. Anticoagulant rodenticide toxicity in 21 dogs. J Am Anim Hosp Assoc. 1999;35(1):38-46 (en anglais). doi.org/10.5326/15473317-35-1-38
- Frommeyer A, Mischke R. Anticoagulant rodenticide poisoning in dogs: retrospective analysis of clinical and laboratory diagnostic data (en allemand). Tierarztl Prax Ausg K Kleintiere Heimtiere. 2024;52(1):5-16. doi.org/10.1055/a-2226-4348
- Waddell LS, Poppenga RH, Drobatz KJ. Anticoagulant rodenticide screening in dogs: 123 cases (1996–2003). J Am Vet Med Assoc. 2013;242(4):516-521 (en anglais). doi.org/10.2460/javma.242.4.516
- Mount ME, Kim BU, Kass PH. Use of a test for proteins induced by vitamin K absence or antagonism in diagnosis of anticoagulant poisoning in dogs: 325 cases (1987–1997). J Am Vet Med Assoc. 2003;222(2):194-198 (en anglais). doi.org/10.2460/javma.2003.222.194
- DeClementi C, Sobczak BR. Common Rodenticide Toxicoses in Small Animals. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2018;48(6):1027-1038 (en anglais). doi.org/10.1016/j.cvsm.2018.06.006
- Peterson ME, Fluegeman K. Cholecalciferol. Top Companion Anim Med. 2013;28(1):24-27 (en anglais). doi.org/10.1053/j.tcam.2013.03.006
- Scotti KM et al. Retrospective evaluation of the effects and outcome of bromethalin ingestion: 192 dogs (2010–2016). J Vet Emerg Crit Care. 2021;31(1):94-98 (en anglais). doi.org/10.1111/vec.13026
- Dartencet C et al. Intravenous Administration of Vitamin K1 in Dogs and Cats Presented for Anticoagulant Rodenticide Poisoning: A Retrospective Study of 58 Cases. J Vet Emerg Crit Care. 2026;36(3):365-371 (en anglais). doi.org/10.1111/vec.70120
Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.