Un peu de clarté. Beaucoup d’amour.
MALADIE · CHAT

Maladie de Cushing du chat : diabète, peau fragile et examens de confirmation

La maladie de Cushing (hypercorticisme) correspond à un excès de cortisol. Elle est rare chez le chat et ne ressemble pas tout à fait à celle du chien. La plupart des chats atteints sont diabétiques, avec un diabète difficile à équilibrer. Certains ont une peau si fine qu’elle se déchire.

L’essentiel

La maladie de Cushing est rare chez le chat et touche surtout des chats âgés. Dans la plus grande série publiée, 90 % des chats avaient un diabète mal contrôlé et tous avaient des lésions de peau, souvent une peau fine qui se déchire. Contrairement au chien, des PAL élevées sont peu fréquentes, car le chat n’a pas de forme de cette enzyme induite par le cortisol. Le test de freinage à la dexaméthasone à faible dose est le test de dépistage privilégié chez le chat ; le test de stimulation à l’ACTH passe à côté de nombreux cas. L’acromégalie, une autre maladie hormonale, est une cause plus fréquente de diabète difficile à équilibrer et se recherche par le dosage de l’IGF-1.

Vous avez le compte rendu de votre chat sous les yeux ? Faites expliquer chaque valeur simplement. Déposer le compte rendu

Qu’est-ce que la maladie de Cushing chez le chat

Les glandes surrénales, situées près des reins, produisent le cortisol. Dans la maladie de Cushing, elles en produisent trop. La forme spontanée est rare chez le chat [1]. Elle touche surtout des chats âgés, avec un âge moyen de 10 ans au diagnostic, et aucune race n’est prédisposée [2].

Chez la plupart des chats, une petite tumeur de l’hypophyse, à la base du cerveau, stimule les surrénales (forme hypophysaire) : 27 chats sur 30 dans la plus grande série. Chez les 3 autres, la cause était une tumeur d’une surrénale [1]. Des tumeurs surrénaliennes plus rares, qui produisent des hormones sexuelles, donnent les mêmes signes ; elles sont plus fréquentes chez le chat que chez le chien [2].

Les signes remarqués par le propriétaire

SigneFréquenceÀ savoir
Diabète mal contrôlé27 chats sur 30 (90 %) [1]Le premier motif de consultation spécialisée ; souvent résistant à l’insuline [1, 2].
Lésions de peau30 chats sur 30 [1]Peau fine (70 %), perte de poils (60 %), déchirures de la peau (57 %) [1].
Soif et urines augmentées87 % [1]C’est aussi un signe du diabète lui-même.
Gros ventre, fonte musculaire67 % chacun [1]Le ventre « en tonneau » se voit aussi chez le chien atteint [11].
Appétit augmenté70 % [1]Une perte de poids chez 47 % des chats, une prise de poids chez 23 % [1].
Infections53 % [1]Peau, voies urinaires, voies respiratoires ou tube digestif, car le cortisol affaiblit les défenses [1, 2].

Jusqu’à un tiers des chats ont une peau si fragile qu’elle peut se déchirer lors des manipulations, d’une tonte ou d’une injection [2]. Une peau fine et des plaies qui ne cicatrisent pas doivent faire penser à la maladie de Cushing [9].

Ce que montrent la prise de sang et l’analyse d’urine

  • Glucose : élevé chez la plupart des chats, car la plupart sont diabétiques et résistent à l’insuline [1, 2]. Voir le diabète du chat et la glycémie du chat et du chien.
  • PAL : élevées chez seulement 6 chats sur 29 (21 %), et les ALAT chez 8 sur 28 (29 %), surtout en cas de pancréatite ou de maladie du foie associée [1]. Le chien fabrique une forme de PAL induite par le cortisol ; pas le chat, et les PAL du chat ont une demi-vie d’environ 6 heures seulement dans le sang [7]. Voir les enzymes hépatiques du chat.
  • Cholestérol et triglycérides : le cholestérol était anormal chez 9 chats sur 24 (38 %) et les triglycérides élevés chez 5 sur 7 (71 %) [1].
  • Numération : une anémie chez 13 chats sur 27 (48 %) [1]. Voir l’anémie du chat.
  • Thyroïde : la T4 totale était normale chez 84 % des chats, alors qu’elle est souvent basse chez le chien atteint [1].
  • Urine : des protéines à la bandelette chez 15 chats sur 20 ; une bactérie a poussé dans 3 cultures d’urine sur 15 [1]. Voir l’analyse d’urine.

Aucune de ces anomalies n’est spécifique : la prise de sang éveille le soupçon, les tests hormonaux le confirment [1].

Comment lire la ligne du glucose

Voici un exemple de ligne chez un chat diabétique dont la glycémie reste haute malgré l’insuline.

Une ligne de compte rendu, annotée · Exemple illustratif
AbréviationRésultatUnitéIntervalle du laboratoireSignalement
GLU glucose4,12g/l0,60 – 1,20H
  1. Abréviation GLU ou GLUC : le sucre du sang (glycémie).
  2. Résultat 4,12 g/l dans cet exemple : nettement au-dessus de l’intervalle.
  3. Unité g/l en France ; mmol/l ailleurs (g/l × 5,55). Utilisez le convertisseur ci-dessous.
  4. Intervalle du laboratoire L’exemple reprend l’intervalle du chat du manuel vétérinaire Merck [10] ; chaque laboratoire fixe le sien.
  5. Signalement H ou une flèche vers le haut : au-dessus de l’intervalle. Chez un chat diabétique déjà sous insuline, une glycémie qui reste haute conduit le vétérinaire à chercher une cause de résistance à l’insuline, comme l’acromégalie ou la maladie de Cushing [2, 12].

Convertisseur d’unités

Valeurs équivalentes

  • Glucose, mmol/l–
  • Glucose, mg/dl–

La conversion change seulement l’unité. Comparez toujours le résultat à l’intervalle imprimé par le laboratoire qui l’a mesuré.

Comment le diagnostic est posé chez le chat

  • Test de freinage à la dexaméthasone à faible dose : le cortisol du sang est mesuré avant, puis 4 et 8 heures après une injection de dexaméthasone, un médicament proche de la cortisone. Chez un chat sain, le cortisol baisse ; en cas de Cushing, il ne baisse pas. Les résultats concordaient avec la maladie chez 27 chats sur 28 (96 %), et c’est le premier test recommandé [1]. Le chat a besoin d’une dose plus élevée que le chien pour ce test [2].
  • Test de stimulation à l’ACTH : moins utile chez le chat. Il n’était positif que chez 9 chats atteints sur 16 (56 %) et normal chez les 3 chats porteurs d’une tumeur surrénalienne [1]. Voir le test ACTH chez le chien.
  • Rapport cortisol/créatinine urinaire (RCCU) : mesuré sur un échantillon d’urine. Il était plus élevé chez les chats atteints de la forme hypophysaire que chez les chats sains [6], mais les chats malades d’autre chose ont aussi des rapports plus élevés que les chats sains (médiane de 14,8 contre 3,2) [5] : un résultat élevé n’est donc pas spécifique.
  • Échographie abdominale : l’aspect des surrénales (les deux grossies, ou une seule) correspondait à la forme finale de la maladie chez 28 chats sur 30 (93 %) [1].
  • ACTH endogène : concordait avec une forme hypophysaire chez 7 chats sur 8, mais l’échantillon demande des précautions particulières et la plupart des dosages n’ont pas été validés chez le chat [1].
  • Scanner ou IRM de la tête : une tumeur de l’hypophyse chez les 9 chats examinés [1].

Cushing ou acromégalie ?

La plupart des chats diabétiques ont un diabète « ordinaire », mais une part importante ont un diabète causé par une autre maladie hormonale [12]. La principale est l’acromégalie (hypersomatotropisme), un excès d’hormone de croissance produit par une tumeur de l’hypophyse. Sur 1 221 chats diabétiques dépistés au Royaume-Uni, environ un quart (24,8 %) en seraient atteints [3]. Elle se dépiste par le dosage de l’IGF-1 dans le sang : une valeur au-dessus de 1 000 ng/ml avait une valeur prédictive positive de 95 % [3]. La plupart de ces chats n’avaient pas l’aspect typique de l’acromégalie [3].

Les deux maladies peuvent rendre le diabète difficile à équilibrer [12]. Une peau fine et fragile est un signe typique de la maladie de Cushing [1, 11].

Pronostic

Les études portent sur peu de chats. Chez 15 chats recevant un traitement médical qui freine la production de cortisol, les signes se sont améliorés chez 13, les besoins en insuline ont baissé chez 6 diabétiques sur 9, et la survie médiane était de 617 jours [4]. Dans une série plus ancienne de 10 chats opérés des surrénales, 3 sont morts de complications dans les 5 semaines ; chez les 7 autres, les signes ont disparu en 2 à 4 mois et 4 diabétiques sur 6 n’ont plus eu besoin d’insuline [8]. La chirurgie des surrénales ou de l’hypophyse est la seule option curative ; la radiothérapie ou les médicaments peuvent améliorer les signes [2]. La fragilité de la peau peut peser lourdement sur la qualité de vie [9].

Pour aller plus loin

In English: Cushing’s disease in cats.

Questions à poser à votre vétérinaire

  1. Une maladie hormonale pourrait-elle expliquer pourquoi le diabète de mon chat est difficile à équilibrer ?
  2. Faut-il doser l’IGF-1 pour l’acromégalie, ou faire un test de freinage à la dexaméthasone ?
  3. Les PAL sont-elles normales, et qu’est-ce que cela change chez un chat ?
  4. Que montre l’échographie des surrénales ?
  5. Comment manipuler mon chat sans abîmer sa peau pendant les examens ?
LE RAPPORT COMPLET DE VOTRE ANIMAL

Faites expliquer la prise de sang de votre chat.

AI DiagAnimals lit le glucose, la fructosamine, les enzymes du foie, le cholestérol et l’analyse d’urine avec les intervalles de votre laboratoire, et prépare les questions pour votre vétérinaire. Le service ouvre bientôt : laissez votre adresse e-mail pour être prévenu.

Faire expliquer le bilan de mon chatVoir un exemple de rapport

Questions fréquentes

Quels sont les symptômes de la maladie de Cushing chez le chat ?

Un diabète mal contrôlé, une peau fine qui peut se déchirer, une perte de poils, un gros ventre, une fonte musculaire, une soif, des urines et un appétit augmentés, et des infections à répétition [1, 2].

Qu’est-ce qui provoque la maladie de Cushing ?

Chez le chat, le plus souvent une petite tumeur de l’hypophyse qui stimule les surrénales ; plus rarement une tumeur d’une surrénale [1, 2].

Quel est le traitement pour le syndrome de Cushing chez le chat ?

Selon le cas, un traitement médical qui freine la production de cortisol, la chirurgie des surrénales ou de l’hypophyse, ou la radiothérapie. Le choix se fait avec le vétérinaire [2, 4].

La maladie de Cushing du chat est-elle liée au diabète ?

Oui. La plupart des chats atteints sont diabétiques, souvent avec une résistance à l’insuline : 90 % dans la plus grande série [1, 2].

Comment la maladie de Cushing est-elle diagnostiquée chez le chat ?

Par un test de freinage à la dexaméthasone à faible dose, le test privilégié chez le chat, puis une échographie des surrénales. Le test de stimulation à l’ACTH passe à côté de nombreux cas [1].

Sources

  1. Valentin SY et al. Clinical findings, diagnostic test results, and treatment outcome in cats with spontaneous hyperadrenocorticism: 30 cases. J Vet Intern Med. 2014;28(2):481-487 (en anglais). doi.org/10.1111/jvim.12298
  2. Boland LA, Barrs VR. Peculiarities of feline hyperadrenocorticism: update on diagnosis and treatment. J Feline Med Surg. 2017;19(9):933-947 (en anglais). doi.org/10.1177/1098612X17723245
  3. Niessen SJ et al. Studying cat (Felis catus) diabetes: beware of the acromegalic imposter. PLoS One. 2015;10(5):e0127794 (en anglais). doi.org/10.1371/journal.pone.0127794
  4. Mellett Keith AM et al. Trilostane therapy for treatment of spontaneous hyperadrenocorticism in cats: 15 cases (2004-2012). J Vet Intern Med. 2013;27(6):1471-1477 (en anglais). doi.org/10.1111/jvim.12178
  5. Henry CJ et al. Urine cortisol:creatinine ratio in healthy and sick cats. J Vet Intern Med. 1996;10(3):123-126 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1939-1676.1996.tb02043.x
  6. Goossens MM et al. Urinary excretion of glucocorticoids in the diagnosis of hyperadrenocorticism in cats. Domest Anim Endocrinol. 1995;12(4):355-362 (en anglais). doi.org/10.1016/0739-7240(95)00046-h
  7. eClinPath, Cornell University College of Veterinary Medicine. Alkaline phosphatase (en anglais). eclinpath.com/chemistry/liver/cholestasis/alkaline-phosphatase
  8. Duesberg CA et al. Adrenalectomy for treatment of hyperadrenocorticism in cats: 10 cases (1988-1992). J Am Vet Med Assoc. 1995;207(8):1066-1070 (en anglais). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7559048
  9. Hardy L et al. Skin fragility in a cat presenting with pituitary-dependent hyperadrenocorticism. JFMS Open Rep. 2023;9(1):20551169231171245 (en anglais). doi.org/10.1177/20551169231171245
  10. Merck Veterinary Manual. Serum biochemical analysis reference ranges (en anglais). merckvetmanual.com/reference-values-and-conversion-tables/reference-guides/serum-biochemical-analysis-reference-ranges
  11. Chiaramonte D, Greco DS. Feline adrenal disorders. Clin Tech Small Anim Pract. 2007;22(1):26-31 (en anglais). doi.org/10.1053/j.ctsap.2007.02.004
  12. Niessen SJ et al. Hypersomatotropism, acromegaly, and hyperadrenocorticism and feline diabetes mellitus. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2013;43(2):319-350 (en anglais). doi.org/10.1016/j.cvsm.2012.12.004

Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.