Les cyanobactéries sont-elles dangereuses pour le chien ?
Oui. Les toxines des cyanobactéries peuvent tuer un chien, parfois en quelques minutes, et le pronostic est au mieux réservé [1]. Si votre chien s’est baigné, a bu ou a joué dans une eau qui peut contenir des cyanobactéries, sortez-le de l’eau, rincez abondamment son pelage à l’eau douce propre pour qu’il ne lèche pas les algues, et appelez tout de suite votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire, comme le CNITV de Lyon, joignable 7 jours sur 7 [21], même s’il semble aller bien [1]. Précisez où et quand le chien était dans l’eau.
Le chien est particulièrement exposé parce qu’il nage et boit dans l’eau pendant les proliférations et mange des débris d’algues [2]. Chiens et bétail représentent la majorité des intoxications animales décrites, et environ deux tiers des cas rapportés viennent d’Europe et des États-Unis [16]. En France, l’Anses note que les mortalités animales liées aux cyanobactéries concernent surtout des chiens [12].
Ce que sont les cyanobactéries et où elles se développent
Les cyanobactéries, autrefois appelées algues bleu-vert, sont des micro-organismes des eaux douces, saumâtres et salées [1, 19]. Elles prolifèrent surtout dans une eau chaude (au-dessus de 20 °C) et riche en nutriments venus de la pollution [1]. Certaines produisent des toxines ; on ne peut pas savoir à l’œil si une prolifération est toxique [1].
- Proliférations flottantes : dans les étangs, lacs, retenues et cours d’eau lents, et même dans des cuves ou des seaux [1]. L’eau peut paraître bleue, verte ou brune, comme une soupe de pois ou de la peinture renversée, ou rester d’aspect normal [1].
- Biofilms au fond des rivières : certaines cyanobactéries forment des biofilms sur les galets, du vert-bleu au bleu-noir ou brun sombre [12]. Ils se développent surtout en période d’étiage prolongé, à moins d’un mètre de profondeur, puis peuvent se décrocher et s’accumuler sur les rives [12].
- En France : des chiens sont morts après avoir bu au bord de la Loue en 2003 [10] et du Tarn en 2002, 2003 et 2005 [11]. Pendant les étés 2002 et 2003, 37 chiens dans le Tarn et 2 dans le Jura ont présenté des troubles nerveux après s’être baignés ou avoir bu l’eau de la rivière, et 28 sont morts ; à l’été 2017, une vingtaine de cas, surtout nerveux, ont été signalés dans le bassin de la Loire [12]. Au moins 40 morts de chiens en France ont été attribuées à ces biofilms depuis le début des années 2000 [14]. Aux Pays-Bas, 3 chiens sont morts après s’être baignés dans un lac envahi par ces cyanobactéries de fond [6].
- Sans prolifération visible : à Berlin en 2017, au moins 12 chiens sont tombés malades après s’être baignés ou avoir bu dans un lac où aucune prolifération n’était visible ; la toxine venait de cyanobactéries vivant dans de la mousse aquatique flottante [5].
- Saison : aux États-Unis, la plupart des appels à un centre antipoison animal pour ces algues ont lieu de juillet à septembre [13], mais des chiens sont aussi morts après une baignade en janvier et février au Texas [15].
Baignades interdites et rivières surveillées en été
En France, une note de la Direction générale de la santé de 2015, toujours en vigueur lors du rapport de l’Anses, demande aux agences régionales de santé (ARS) de graduer les mesures sur la baignade et les activités nautiques selon le nombre de cyanobactéries et deux valeurs de référence : 13 µg/l pour les microcystines et 40 µg/l pour l’anatoxine-a [12]. Quand la baignade est interdite à cause des cyanobactéries, la consommation des poissons pêchés l’est aussi [12]. Depuis 2014, les ARS doivent aussi prévoir des mesures pour les cyanobactéries des rivières selon les signaux observés : biofilm important, galets noirs, flocs d’algues ou décès de chiens [12]. En 2020, l’Anses a recommandé d’interdire la baignade dès que l’anatoxine-a est détectée dans l’eau [12].
Dans les gorges du Tarn, régulièrement touchées par des morts de chiens, l’ARS Occitanie a misé sur l’information : affiches, dépliants dans les campings, les offices de tourisme et chez les loueurs de canoës, et panneaux aux accès à la rivière [12]. L’Anses recommande d’inciter les maîtres à empêcher leur chien d’accéder aux zones où se développent les cyanobactéries [12]. Respectez les panneaux et les interdictions affichés au bord de l’eau : ils valent aussi pour votre chien.
Comment le chien s’intoxique : baignade, eau bue, léchage
La plupart des intoxications viennent de l’ingestion des toxines [1]. Dans les données de surveillance américaines, la situation la plus fréquente était une baignade avec de l’eau avalée ou des algues léchées sur le pelage [2]. Des chiens sont morts après avoir léché les algues de leur pelage, et certains mangent des croûtes d’algues séchées sur la rive [2]. Lors d’un épisode aux Pays-Bas, un chiot qui s’était seulement baigné dans l’écume, sans en manger, est mort lui aussi [7].
C’est pourquoi rincer le pelage à grande eau compte : on retire les algues avant que le chien ne les lèche [1]. Les toxines nerveuses des biofilms de rivière restent dans les cellules, si bien que le chien s’intoxique surtout en mangeant des morceaux de biofilm [14].
Ce que font les cyanobactéries au chien : deux grandes toxines
| Anatoxine-a (toxine nerveuse) | Microcystines (toxines du foie) | |
|---|---|---|
| Action | Surstimule la jonction entre nerfs et muscles, puis la paralyse [1] | Captées par les cellules du foie, elles bloquent des enzymes indispensables ; le foie se gorge de sang [1] |
| Signes | Contractions musculaires, tremblements, raideur, puis paralysie [1] | Vomissements, diarrhée, faiblesse, muqueuses pâles et choc ; plus tard jaunisse et saignements [1] |
| Délai | Signes presque immédiats ; la mort par arrêt respiratoire peut survenir en quelques minutes [1] | De quelques minutes à quelques jours après l’exposition [1] |
| Prise de sang | Pas de modification constante [1] | ALAT, PAL, CK et bilirubine élevées, glycémie basse, coagulation ralentie [1] |
Symptômes et délais
Les signes nerveux peuvent commencer au bord de l’eau. En Amérique du Nord, 3 chiens ont convulsé et sont morts moins d’une heure après une baignade en rivière, et 3 autres moins d’une heure après une baignade dans un étang [3]. Deux chiens exposés à un bassin de jardin sont morts 20 à 30 minutes après le début des signes [2].
- Toxine nerveuse : faiblesse des pattes arrière, anxiété, légère salivation, tremblements et contractions musculaires, puis effondrement [4].
- Toxine du foie : un chien qui avait mangé de l’écume sur la rive a vomi fortement, est devenu abattu, a eu du mal à respirer et est mort 4 à 5 heures plus tard ; un chiot qui s’était seulement baigné est mort en 12 à 16 heures [7]. Un autre chien est arrivé le lendemain d’une baignade avec des vomissements, une perte d’appétit, une faiblesse et un abattement [9].
- Dans les cas américains : vomissements ou diarrhée chez 43 % des chiens atteints, abattement chez 18 % et signes nerveux comme une démarche titubante chez 9 % ; 58 % des cas ont été mortels [2].
N’attendez pas les signes : appelez votre vétérinaire dès que votre chien a été dans une eau qui peut contenir des cyanobactéries.
Ce que montre la prise de sang, et pourquoi
Avec les toxines du foie, la prise de sang montre tôt une atteinte des cellules du foie, une glycémie basse et des troubles de la coagulation ; plus tard, la bilirubine continue de monter et l’albumine baisse [1]. Avec la toxine nerveuse, la numération et la biochimie ne montrent en général pas de modification constante : un résultat normal ne l’écarte donc pas [1].
- Abréviation ALAT (ou ALT), l’enzyme du foie qui s’échappe des cellules du foie abîmées.
- Résultat 1250 U/l dans cet exemple : très au-dessus de l’intervalle. Une ALAT élevée fait partie des premières modifications d’une intoxication par les microcystines [1].
- Unité U/l : unités d’activité enzymatique par litre de sérum.
- Intervalle du laboratoire Ici l’intervalle chien du manuel vétérinaire Merck [18] ; chaque laboratoire fixe le sien.
- Signalement H ou une flèche vers le haut : au-dessus de l’intervalle. Le vétérinaire la lira avec la bilirubine, la glycémie et la coagulation, et la recontrôlera [1].
| Analyse | Ce qu’on peut trouver | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| ALAT et PAL | Élevées | Les microcystines abîment les cellules du foie, qui libèrent ces enzymes [1] |
| Bilirubine | Élevée, en hausse | Le foie ne l’élimine plus ; les survivants peuvent devenir jaunes [1]. Voir bilirubine du chien |
| Glycémie | Basse (hypoglycémie) | Observée tôt en cas de microcystines [1] |
| Temps de coagulation | Allongés | Le foie défaillant peut entraîner des saignements [1] ; un chien décrit avait une insuffisance hépatique avec trouble de la coagulation [8] |
| Potassium, phosphore, CK | Élevés | Aussi décrits tôt en cas de microcystines [1] |
| Albumine | Basse, plus tard | Décrite plus tard dans l’évolution [1] |
| Numération et biochimie après des signes nerveux | Souvent normales | L’anatoxine-a ne donne pas de modification constante [1] |
Les signes et l’atteinte du foie dus aux microcystines ressemblent beaucoup à ceux d’une intoxication par des champignons, et on ne peut pas les distinguer sans recherche de toxines [2].
Comment le vétérinaire confirme : toxines dans l’eau et les vomissements
Le diagnostic repose en général sur les signes et sur un contact avec une eau qui peut contenir des cyanobactéries [1]. Le confirmer, c’est trouver la toxine. Certains laboratoires vétérinaires et environnementaux dosent les toxines dans l’eau par des méthodes spécialisées (chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse), et des tests plus rapides à anticorps (ELISA) existent pour les microcystines et l’anatoxine-a [1]. Voir des cyanobactéries au microscope ne prouve pas que des toxines sont présentes [1].
Les prélèvements sur le chien aident aussi. On a trouvé des microcystines dans les vomissements et le foie d’un chien [8], et de l’anatoxine-a dans le contenu de l’estomac, la bile et l’urine [4]. À Berlin, la toxine nerveuse atteignait 8 700 µg/l dans le contenu de l’estomac des chiens [5].
Dites précisément à votre vétérinaire où le chien s’est baigné ou a bu. Il est utile de prélever l’eau avalée par le chien, prolifération comprise [1] ; dans un cas, un échantillon d’eau du lac a appuyé le diagnostic [9]. L’Anses recommande de mieux relier les ARS et les centres antipoison pour recenser ces cas [12] : signaler un épisode aide à protéger les autres chiens et les baigneurs [17].
Pronostic et prévention
Il n’existe pas d’antidote. Les soins se font à la clinique : retirer la toxine de la peau et du tube digestif, perfusion, soutien du foie, contrôle des tremblements et des convulsions, parfois assistance respiratoire [1]. Le pronostic est souvent sombre, mais certains chiens ont survécu grâce à des soins intensifs, et les survivants de la toxine nerveuse peuvent récupérer complètement [1]. Un chien en insuffisance hépatique après une baignade dans un lac a survécu grâce à des soins de soutien, dont du plasma et du sang : le premier survivant décrit [9].
La prévention est essentielle [1]. Tenez votre chien à l’écart des eaux vertes, troubles ou couvertes d’écume, des zones où se développent ou s’échouent les cyanobactéries, et emportez de l’eau fraîche pour le faire boire [1, 12].
Pour aller plus loin
Plantes et dangers du dehors pour les animaux : plantes toxiques pour le chien et le chat.
In English: blue-green algae and dogs.
Questions à poser à votre vétérinaire
- Quelle toxine soupçonnez-vous, vu les signes de mon chien ?
- L’ALAT, la bilirubine, la glycémie et la coagulation sont-elles normales, et quand les recontrôler ?
- Peut-on envoyer les vomissements ou le contenu de l’estomac à un laboratoire pour rechercher les toxines ?
- Faut-il faire analyser l’eau où mon chien s’est baigné, et qui dois-je prévenir ?
- Un autre poison, comme des champignons, pourrait-il expliquer ces résultats ?
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Questions fréquentes
Comment savoir si mon chien a la cyanobactérie ?
Pensez-y si des signes apparaissent après un contact avec un étang, un lac ou une rivière : tremblements, contractions musculaires, raideur ou paralysie en quelques minutes, ou vomissements, diarrhée et faiblesse en quelques heures à quelques jours [1]. Seuls le vétérinaire et les analyses peuvent confirmer : prise de sang pour le foie, et recherche des toxines dans l’eau, les vomissements ou le contenu de l’estomac [1]. Appelez votre vétérinaire dès l’exposition, sans attendre les signes.
Quel est le traitement pour une intoxication aux cyanobactéries chez le chien ?
Il n’y a pas d’antidote. Le traitement se fait à la clinique : retirer les algues du pelage et du tube digestif, puis soins de soutien, perfusion, protection du foie et contrôle des convulsions, parfois assistance respiratoire [1]. Le pronostic est souvent sombre, mais certains chiens survivent avec des soins intensifs [1, 9]. Rincez le pelage à l’eau claire et appelez votre vétérinaire tout de suite.
Quelle bactérie dans l’eau est dangereuse pour les chiens ?
Les cyanobactéries, bactéries capables de produire des toxines nerveuses ou des toxines du foie, sont parmi les plus dangereuses : elles peuvent tuer en quelques minutes [1]. Elles se développent dans les eaux douces chaudes et sur les galets des rivières [1, 12]. Une autre maladie que le chien peut attraper dans l’eau est la leptospirose.
Est-ce grave si mon chien boit l’eau de la mer ?
Ça peut l’être : des chiens ont eu un sodium sanguin trop élevé après avoir nagé ou joué dans la mer [20]. Prévoyez de l’eau douce à la plage et appelez votre vétérinaire si votre chien vomit, a très soif, titube ou tremble. Voir notre article sel et chien.
Quelle quantité de cyanobactéries est toxique pour un chien ?
Aucune quantité connue n’est sans danger, et on ne peut pas savoir à l’œil si une eau est toxique [1]. Un chiot qui s’était seulement baigné dans l’écume est mort [7], et des chiens sont morts moins d’une heure après une baignade [3]. Appelez votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire, quelle que soit la quantité.
Sources
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Les méthodes et les intervalles de référence varient d’un laboratoire à l’autre. Cet article explique ; il ne pose pas de diagnostic. Pour toute décision, appuyez-vous sur le compte rendu original et sur votre vétérinaire. Notre méthode éditoriale.