Qu’est-ce que l’ehrlichiose ?
Ehrlichia canis est une bactérie qui vit à l’intérieur des globules blancs. Elle est transmise par la tique brune du chien, Rhipicephalus sanguineus, abondante dans le bassin méditerranéen ; la transmission commence dans les 3 heures qui suivent la fixation de la tique [1]. Cette tique peut survivre dans les maisons et les chenils, y compris dans des régions plus froides où elle arrive avec des chiens qui voyagent [1]. Cet article approfondit l’ehrlichiose ; pour la vue d’ensemble de Lyme, de l’anaplasmose et de l’ehrlichiose, voir les maladies transmises par les tiques chez le chien.
En Europe, des infections ont été signalées chez le chien en France, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Suisse, en Allemagne et au Royaume-Uni [2]. La Guyane fait partie des zones d’endémie d’où reviennent des chiens suivis à leur retour en métropole [12]. La bactérie peut aussi se transmettre par transfusion sanguine [2]. E. canis n’est pas considérée comme transmissible à l’homme [2].
L’incubation et les trois phases
| Phase | Durée | Ce que montre le chien | Ce que montre la prise de sang |
|---|---|---|---|
| Incubation | 1 à 3 semaines [1] ; 8 à 20 jours selon l’ESCCAP [2] | Rien encore | Les anticorps n’apparaissent en général pas avant 12 à 14 jours : le test peut être négatif [1]. |
| Aiguë | 2 à 4 semaines [1] | Fièvre, abattement, perte d’appétit, ganglions gonflés, saignements de nez, petites taches rouges [1, 2] | Plaquettes basses, globules blancs bas, anémie légère non régénérative [2]. |
| Subclinique | Des semaines à des mois, parfois des années [1, 2] | Paraît en bonne santé | Plaquettes parfois un peu basses, globulines élevées [1, 2]. |
| Chronique | Seulement chez certains chiens [1, 3] | Amaigrissement, saignements, atteinte des yeux, œdème des pattes, parfois atteinte des reins ou nerveuse [2] | Plaquettes, globules blancs et rouges bas ; dans la forme grave, les trois lignées basses (pancytopénie) par défaillance de la moelle osseuse [1, 3]. |
Les signes de la phase aiguë peuvent disparaître seuls, même sans traitement, mais certains chiens restent porteurs sans signes pendant des mois ou des années [1]. Un chien venu d’une zone d’endémie peut tomber malade bien plus tard : un chien importé de Sardaigne est devenu aveugle d’une ehrlichiose chronique 36 mois après son arrivée au Royaume-Uni [10].
Ce que montrent la numération, la biochimie et l’urine
- Plaquettes basses (thrombopénie) : l’anomalie la plus fréquente, celle qui doit faire penser à l’ehrlichiose [1]. Les plaquettes peuvent aussi mal fonctionner (thrombopathie) [1]. Voir les plaquettes basses chez le chien.
- Anémie : en général légère à modérée et non régénérative (la moelle ne répond pas) [1]. Sur 100 chiens, plaquettes basses, anémie et lymphocytes bas étaient les principales anomalies de la numération [5].
- Globules blancs : neutrophiles bas ou élevés, lymphocytes bas, monocytes élevés [1].
- Pancytopénie : globules rouges, globules blancs et plaquettes tous bas, par une moelle vide, dans 15 à 20 % des cas cliniques, surtout dans la forme chronique [1].
- Globulines élevées, albumine basse : protéines totales élevées, globulines (surtout gammaglobulines) élevées et albumine basse [1, 6]. Voir l’albumine et les globulines.
- Enzymes du foie : ALAT et PAL parfois un peu augmentées [1].
- Urine : protéines dans l’urine (protéinurie) et, chez certains chiens, hausse de la créatinine et de l’urée [1, 2].
Les globulines élevées et le faux myélome
Les globulines comprennent les anticorps. Dans une étude de 42 chiens infectés, les globulines et les gammaglobulines étaient plus élevées et l’albumine plus basse que chez des chiens sains. La hausse était polyclonale (de nombreux anticorps différents) chez tous les chiens sauf un, qui avait un pic monoclonal [6]. Les chiens en pancytopénie avaient moins de globulines que les autres, signe d’une défense immunitaire affaiblie [6].
Un pic étroit et unique à l’électrophorèse des protéines évoque d’abord un cancer des plasmocytes comme le myélome multiple, mais Ehrlichia canis fait partie des infections qui peuvent donner un aspect proche : il faut donc l’écarter d’abord [7, 10]. Avec l’immunofixation, une vraie protéine monoclonale était rare chez les chiens séropositifs pour une maladie vectorielle : 2 sur 112 [11]. La leishmaniose, fréquente dans le Sud de la France, est une autre cause de globulines élevées.
- Abréviation GLOB : globulines, en général calculées comme protéines totales moins albumine.
- Résultat 61 g/l dans cet exemple : nettement élevées.
- Unité g/l en France ; g/dl dans les comptes rendus américains (g/dl × 10 = g/l) [7].
- Intervalle du laboratoire Un intervalle d’exemple chez le chien ; chaque laboratoire fixe le sien.
- Signalement H ou une flèche vers le haut : au-dessus de l’intervalle. Chez un chien exposé aux tiques avec des plaquettes basses, le vétérinaire pense à une ehrlichiose chronique ; l’électrophorèse montre si la hausse est large ou en pic unique [6, 7].
Les tests : sérologie, PCR et frottis
- Sérologie (IFI au laboratoire, ELISA ou tests rapides en clinique) : un résultat positif montre un contact. Un résultat isolé peut refléter une infection ancienne, et les anticorps anti-Ehrlichia et anti-Anaplasma peuvent réagir de façon croisée [1, 2].
- Résultat négatif au début : les anticorps apparaissent 1 à 4 semaines après l’infection ; un chien en phase aiguë peut être négatif [2].
- Deux sérologies à 3 ou 4 semaines d’intervalle : un titre qui monte (multiplié par 4) indique une infection en cours [1, 2].
- PCR : elle détecte l’ADN de la bactérie et soutient une infection active ; une PCR négative n’exclut pas totalement l’infection [1, 2]. Le diagnostic de certitude de l’infection repose sur les techniques moléculaires [4].
- Frottis sanguin : les amas d’Ehrlichia (morulas) ne se voient que dans 4 à 6 % des cas cliniques ; le frottis de couche leucocytaire ou de ganglion fait mieux [1].
- Ponction de moelle osseuse : avec la numération, elle aide à reconnaître la forme chronique grave [1].
Après le traitement d’une forme aiguë, la numération et l’électrophorèse se normalisent en général en 10 à 15 jours. Des globulines, une anémie ou des plaquettes basses qui persistent font penser que l’infection n’est pas éliminée ou qu’une autre maladie est présente [1].
Pronostic et berger allemand
Les chiens traités en phase aiguë s’en sortent en général bien [1, 3]. Une part imprévisible des chiens restés en phase subclinique évolue vers la forme chronique grave, avec une moelle défaillante et une mortalité élevée [3]. Chez 56 chiens, la pancytopénie multipliait le risque de décès par environ 23 et des neutrophiles bas par environ 8 [9]. Une pancytopénie marquée (globules blancs < 4 G/l, hématocrite < 25 %, plaquettes < 50 G/l) est un facteur de risque de décès [1]. Sur 49 chiens suivis un an, 32 ont survécu et 17 sont morts ; une anémie ou une baisse des globules blancs sévères, une pancytopénie, des saignements et le fait d’être un berger allemand annonçaient un moins bon pronostic [5].
Les bergers allemands étaient surreprésentés parmi les chiens malades [5], et le berger allemand et le husky sibérien font des formes plus sévères [1]. Voir la fiche du berger allemand. L’infection ne laisse pas d’immunité durable : un chien peut être réinfecté [1].
Pour aller plus loin
Autres maladies des tiques : l’anaplasmose du chien et la maladie de Lyme du chien.
In English: ehrlichiosis in dogs.
Questions à poser à votre vétérinaire
- Est-ce un ancien contact ou une infection active : faut-il une PCR ou une deuxième sérologie ?
- Les plaquettes, les globules rouges et les globules blancs sont-ils bas, et les trois à la fois ?
- Les globulines sont-elles élevées, et faut-il une électrophorèse des protéines ?
- Y a-t-il des protéines dans l’urine ?
- Quand recontrôler la numération, et comment le titre devrait-il évoluer après le traitement ?
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Questions fréquentes
Quels sont les symptômes de l’ehrlichiose chez le chien ?
Fièvre, abattement, perte d’appétit, ganglions gonflés, gencives pâles et saignements, surtout du nez. En phase chronique s’ajoutent amaigrissement, atteinte des yeux et parfois signes nerveux. En phase subclinique, le chien paraît en bonne santé [1, 2].
Qu’est-ce que l’ehrlichiose ?
Une infection des globules blancs par la bactérie Ehrlichia canis, transmise par la tique brune du chien. Elle évolue en phases aiguë, subclinique et parfois chronique [1, 2].
Quel est le traitement pour l’ehrlichiose canine ?
Un traitement antibiotique prescrit par le vétérinaire, avec des soins de soutien si besoin. Le traitement aide le chien à guérir plus vite et évite une aggravation. La forme chronique avec une moelle défaillante demande des soins longs et peut ne pas répondre [2, 3].
Sources
- Sainz Á et al. Guideline for veterinary practitioners on canine ehrlichiosis and anaplasmosis in Europe. Parasit Vectors. 2015;8:75 (en anglais). doi.org/10.1186/s13071-015-0649-0
- ESCCAP. Guideline 05 : Control of vector-borne diseases in dogs and cats, 5e édition, 2024 (en anglais). esccap.org/guidelines/gl5
- Mylonakis ME, Harrus S, Breitschwerdt EB. An update on the treatment of canine monocytic ehrlichiosis (Ehrlichia canis). Vet J. 2019;246:45-53 (en anglais). doi.org/10.1016/j.tvjl.2019.01.015
- Harrus S, Waner T. Diagnosis of canine monocytotropic ehrlichiosis (Ehrlichia canis): an overview. Vet J. 2011;187(3):292-296 (en anglais). doi.org/10.1016/j.tvjl.2010.02.001
- Harrus S et al. Canine monocytic ehrlichiosis: a retrospective study of 100 cases, and an epidemiological investigation of prognostic indicators for the disease. Vet Rec. 1997;141(14):360-363 (en anglais). doi.org/10.1136/vr.141.14.360
- Harrus S et al. Serum protein alterations in canine ehrlichiosis. Vet Parasitol. 1996;66(3-4):241-249 (en anglais). doi.org/10.1016/s0304-4017(96)01013-8
- eClinPath, Cornell University College of Veterinary Medicine. Globulins (en anglais). eclinpath.com/chemistry/proteins/globulins
- Bartsch RC, Greene RT. Post-therapy antibody titers in dogs with ehrlichiosis: follow-up study on 68 patients treated primarily with tetracycline and/or doxycycline. J Vet Intern Med. 1996;10(4):271-274 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1939-1676.1996.tb02061.x
- Mylonakis ME et al. Serum acute phase proteins as clinical phase indicators and outcome predictors in naturally occurring canine monocytic ehrlichiosis. J Vet Intern Med. 2011;25(4):811-817 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1939-1676.2011.0728.x
- Gould DJ et al. Canine monocytic ehrlichiosis presenting as acute blindness 36 months after importation into the UK. J Small Anim Pract. 2000;41(6):263-265 (en anglais). doi.org/10.1111/j.1748-5827.2000.tb03937.x
- Jornet-Rius O et al. Evaluation of serum protein electrophoresis and immunofixation in dogs seropositive for various vector-borne pathogens. Vet Clin Pathol. 2024;53(4):420-430 (en anglais). doi.org/10.1111/vcp.13399
- Davoust B et al. Validation of chemoprevention of canine monocytic ehrlichiosis with doxycycline. Vet Microbiol. 2005;107(3-4):279-283 (en anglais). doi.org/10.1016/j.vetmic.2005.02.002
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